Rss Directory > Misc > Life Style > LA CROISÉE DES CHEMINS
Le but ultime n'est pas d'obtenir mais celui de désirer. Je l'ai su au moment même ou mon plus grand rêve a pris corps sous mes yeux, sans que je tente quoi que ce soit pour le retenir ! Mais peut-on seulement revenir en arrière et changer la donne ? Aurais-je le courage de vivre mon destin plutôt que de le rêver ?
Copyright: Copyright © 2007 - Pénélope Wise
  Thu, 23 Aug 2007 23:46:00 +0200

Regarde au loin ton chemin mais concentre-toi seulement sur les obstacles à portée de main
(Daniel Desbiens)

- Et oui, c'est moi ! Épatée, hein ?
- Mais enfin, qu'est-ce que tu fais là ?
- Je n'ai pas résisté à l'appel de la scène, que veux-tu. Une pièce de Storey, ça ne se refuse pas. Et puis, quel casting ! Non vraiment, je ne pouvais pas louper ça. Tu vois, j'ai mon billet moi aussi, raille-t-il en plaçant sous mon nez une enveloppe identique à celle que je tiens, serrée contre ma poitrine.
Il fait un tour sur lui même et écarte les bras tout en observant le plafond sculpté du grand hall.
- Quel standing ce théâtre tout de même. L'un des plus beaux de Londres. Te rends-tu compte ? Et nous sommes là, toi et moi.
- Que veux-tu dire par toi et moi ?
- Tu veux tout savoir n'est-ce pas ? Quelle coquine tu fais.
Il passe un bras autour de ma taille et approche son visage du mien.
- Moi aussi je suis venu pour te remettre sur le droit chemin, me chuchote-t-il à l'oreille.

Je me dégage lentement de son étreinte, repousse son bras et recule d'un pas, alarmée par le ton équivoque de sa voix.
- Jérôme, j'ai peur de mal te saisir.
- Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, Pénélope. Tu comprends très bien où je veux en venir.
- Non, je ne vois pas.
- Tu ne vois pas ?
- Non, vraiment pas.
- En es-tu bien certaine ?
- Mais oui, absolument. Et maintenant, vas-tu me dire ce que tu fais à Londres ?
- Très bien. Laisses-moi réfléchir...
Vois-tu, j'ai lu récemment tes derniers écrits. Du grand art, incontestablement. Non, sérieusement. Très émouvant; surtout la séquence visant à sortir ton bien aimé du guêpier sectaire où il s'est fourré. Impressionnant de sincérité ou devrais-je dire, de naïveté. D'ailleurs, je voulais te poser la question; as-tu véritablement dialogué avec lui via un site de rencontre ? Pour de vrai ? C'est incroyable. Jamais je n'aurai pensé qu'il était si simple de communiquer avec des individus de son acabit. Les gens de sa trempe son habituellement si protégés. Pourquoi prendrait-ils le risque de dialoguer ouvertement avec le péquin « lambda » ? C'est à n'y rien comprendre.
Abasourdi par les propos de Jérôme et par sa jalousie malsaine, je décide de ne pas envenimer la situation et l'écoute sans mot dire. Du coin de l'oeil, j'observe Karine et prie pour qu'elle nous rejoigne au plus vite.
Jérôme me passe les mains devant les yeux.
- Ohé princesse, tu m'écoutes ?
- Oui je t'écoutes, dis-je sur un ton aussi égal que possible. De toute mes forces, je me concentre sur ma respiration afin de ne pas laisser l'angoisse qui m'assaille gagner d'avantage de terrain.
- Tu veux savoir par quel heureux hasard j'ai atterri ici ?
- Oui, j'aimerais beaucoup.
- C'est très gentil ça. Je te remercie de ton intérêt. Cela me touche infiniment.
Et bien, comme je te l'ai dit tout à l'heure, je t'ai lu; et j'ai constaté que tu te fourvoyais lourdement. Alors j'ai profité d'une opportunité de mission sur Londres pour demander à Luc de m'envoyer à la place de Bertrand. Ce qu'il a accepté immédiatement, comme tu peux l'imaginer. N'oublies pas qu'il a une confiance absolue en moi ! Il m'a confié t'avoir accordé quelques jours pour, disons, régler une « affaire personnelle ». Alors tu penses bien que je n'ai pas mis longtemps pour faire le rapprochement et j'ai sauté sur l'occasion pour venir te reprendre à ton bellâtre. Tu comprends, je veux t'éviter de tomber de haut et de souffrir inutilement. Et puis, rajoute-t-il en me passant la main dans les cheveux, tu sais combien je suis amoureux de toi.
- Arrête ça immédiatement Jérôme, lui dis-je en repoussant sa main.
- Voyons Pénélope, surenchérit-il, quelle personne sensée penserait qu'une personnalité d'un tel niveau vivrait l'amour fou avec une anonyme ? Il n'y a que toi et ton romantisme forcené pour croire à de telles sornettes. Les stars ne se fréquentent qu'entre elles, ma beauté. Elles restent dans le même cercle, indéfiniment. Il leur faut rencontrer l'exception pour les pousser à sortir de leur monde. Vois-tu, les êtres vivants se rapprochent parce-qu'ils se reconnaissent dans l'autre. C'est une règle immuable, et incontournable. Ils peuvent ainsi se comprendre, et donc s'aimer. Mais toi, qui es-tu pour penser que quoi que ce soit chez toi puisse, ne serait-ce qu'attiser sa curiosité ?

Je mûris une réplique sanglante et m'apprête à la lui lancer au visage, mais le cordial « Bonsoir » de Karine me stoppe dans mon élan.
Jérôme, instantanément charmé, laisse en friche notre différent et lui serre longuement la main.
- Ah, Karine, tu tombes bien, interviens-je. Laisses-moi te présenter Jérôme, un collègue de travail.
- Vos yeux sont un conte de fées à eux seuls, chère mademoiselle, la complimente-t-il avec un outrecuidant sans-gêne.
- Enchantée de faire votre connaissance, lui répond poliment Karine, sans se départir de son calme.
- Pas autant que moi, lui répond-il pompeusement.
- Vous venez également voir la pièce ?
- Tout à fait. Il y a des mois que j'attends ce grand moment, souligne-t-il en m'adressant au passage un regard significatif.
Karine note mon trouble et interrompt spontanément leur charmant badinage.
- Tiens ma bichette, j'ai été nous chercher de quoi nous rafraîchir, me dit-elle en me tendant un verre rempli d'eau et de glaçons.
- Excusez-moi, l'interrompt Jérôme. Où avez vous trouvé ça ?
- Là-bas, le renseigne-t-elle. Vous voyez la petite loge à côté des escaliers ?
- Ah, oui. Parfait. Je m'y rends de ce pas. Espérons que cela m'aidera à étancher ma soif, gouaille-t-il en me déshabillant du regard.
- J'ai comme dans l'idée qu'une boisson alcoolisée aurait été mieux accueillie, me souffle Karine à mi-voix alors qu'il s'éloigne.
- Tu n'as pas idée.
Karine ressent aussitôt mon malaise et s'inquiète de la situation.
- Tu as des problèmes avec ce débile ?
- C'est peu dire.
- Dis-moi Pénélope, ôtes-moi d'un doute. Ce mec n'a tout de même pas planifié de te retrouver ici contre ton gré pour te pourrir la soirée !
- Si, justement.
- Mais pourquoi ce soir particulièrement ?
- D'après toi ? Il veut à tout prix empêcher que ma destinée s'accomplisse. Depuis des mois, il s'est mis dans le crâne qu'il est l'homme de ma vie et me poursuit de ses assiduités. Au début, je pensais qu'il était simplement trop épris et je pardonnais ses maladresses. Mais je réalise qu'il est cynique, calculateur et malsain. Il n'a pas supporté que je lui préfère un autre, et encore moins que ma passion soit guidée par des paramètres souverains, trop puissants pour que quiconque puisse les contrôler. Mais quoi qu'il fasse il ne m'arrêtera pas. On ne barre pas la route au destin.


La sonnerie annonçant le début de la représentation retentit dans tout le théâtre, coupant court à la conversation. Karine me prend par le bras et m'entraîne vers l'escalier menant aux stalles.
Jérôme nous emboîte le pas.
- Attendez-moi mesdemoiselles. Je vous suis.
Karine, irritée par son manque de courtoisie, se retourne vivement vers lui.
- Bon, écoutez. Je ne vous connais pas mais il me semble entrevoir que vous n'êtes pas le bienvenu. Alors je vous prierai de nous laisser tranquilles.
- Oh, mais ce n'est pas à vous d'en juger, ma chère. C'est à Pénélope.
- Pénélope est là pour rencontrer quelqu'un et croyez-moi, je veillerai à ce qu'elle l'approche.
Jérôme se tourne vers moi, provocateur.
- Oh, mais c'est qu'elle a du tempérament ta copine. Je pense que la soirée risque d'être mémorable.
Vos billets s'ils vous plaît, nous coupe l'ouvreuse à l'entrée des stalles.
Alors que je lui tends nos deux tickets, je n'ai qu'une idée en tête : faire intervenir un vigile pour que Jérôme cesse de nous importuner; lorsqu'elle lui spécifie que la place qu'il a réservé se trouve dans une autre partie de la salle. C'est un véritable miracle. J'en sauterais presque de joie.
Visiblement dépité, Jérôme souscrit et se dirige dans la direction opposée, non sans nous avoir spécifié qu'il nous retrouverait dès la fin du spectacle.
- Pas d'inquiétude ma bichette, me rassure immédiatement Karine. Si j'ai décidé de te suivre dans cette aventure, ce n'est certainement pas pour qu'un boulet t'arrête à quelques minutes de la victoire. Et puis, il faut faire confiance au destin, pas vrai ? me tranquillise-t-elle encore. Allez, respire un grand coup. Il est là, dans ce théâtre, juste à deux pas de toi. Dans quelques minutes, tu vas enfin le revoir. Et si vous êtes véritablement fait l'un pour l'autre, la vie ne laissera pas un ersatz te gâcher le plaisir. Elle l'évincera, c'est joué d'avance.

Émue par la conviction dont Karine fait preuve, anxieuse de connaître de quoi seront faites les deux prochaines heures, exaltée à l'idée de pouvoir me plonger toute entière dans la contemplation silencieuse et admirative de celui que j'ai tant attendu, je ne peux retenir un sanglot.
- Merci Karine. Merci pour tout.
- Pas de problème, avec plaisir. Les amis, c'est fait pour ça non ? Tiens, dit-elle en montrant de son index deux fauteuils vides. Je crois que ce sont nos sièges.
- Oui, c'est bien ça, dis-je en vérifiant sur les billets. Places A8 et A9.
- Nickel. Troisième rang et en plein milieu en plus. C'est nickel. Et puis tu as vu, on est tout près de la scène. Quand il va se pointer, on va en prendre plein la vue.
- C'est le moins qu'on puisse dire, dis-je, impatiente de vivre cette nouvelle rencontre.
- Bon ben, on s'assoit ?
- Et comment, plutôt deux fois qu'une !

- Au fait..., dit-elle en s'asseyant.
- Quoi ?
- Il faudrait peut-être que tu le boives, ton verre d'eau, me chahute-t-elle. Cela t'évitera de lui tomber dans les bras tout à l'heure, terrassée par le manque de minéraux.
- Ne dis pas de bêtises, dis-je, troublée par l'image que son allusion fait naître dans mon esprit.
Les mains tremblantes, je porte le verre à mes lèvres et manque de répandre son contenu sur le sol.
- Et bien, cela te fait de l'effet de revoir l'homme de ta vie, commente-t-elle avec humour. Tiens-le donc à deux mains avant de provoquer une catastrophe, plaisante-t-elle de nouveau, et poses donc tout ton bardas par terre. Tu auras tout le loisir de lui remettre tout à l'heure.
- Il me tarde, dis-je au comble de l'excitation.

Le grand lustre de cristal s'éteint doucement et la pénombre envahit lentement la salle.
Karine me prend la main et se penche vers moi.
- Bonne pièce ma poule.
Je la regarde et lui rend son sourire avant de tourner mon visage vers l'avenir...

  Thu, 16 Aug 2007 22:13:00 +0200

Nos destinées et nos volontés jouent presque toujours à contretemps.
(André Maurois - Biographie)

- A quelle heure doit-on être là-bas ? me demande Karine, quelque peu gênée par le fait que son idée de rentrer en bus vient de nous faire perdre plus d'une heure.
Je consulte rapidement le cadran de ma montre.
- Dans quarante-cinq minutes, lui réponds-je en ouvrant fébrilement mon flacon de Rescue.
- Bon, on va essayer de s'arrêter à une station de métro. On ne doit plus être très loin maintenant. A moins qu'on reprenne le « 380 »; il se rend aussi à King's Cross.
De plus en plus nerveuse, je ne réponds pas et essaye tant bien que mal de me concentrer sur l'esthétisme des quartiers résidentiels que nous traversons. Le front posé sur la vitre fraîche du bus dans lequel nous sommes assises, j'observe l'enfilade de maisons victoriennes exposer fièrement au regard des badauds leurs fenêtres arrondies et leurs rideaux de popeline. Les jardinets rivalisent d'élégance et de couleurs et semblent être les objets d'un concours visant à récompenser le plus somptueux d'entre-eux. Les platanes bordant les allées profitent de la douce brise d'été pour organiser un spectacle d'ombres chinoises sur les façades immaculées.

- C'était génial Notting Hill, hein ? me lance Karine pour tenter de me sortir de mon mutisme.
J'ouvre à peine la bouche pour lui répondre un « Hum, hum » tout juste audible.
- Et le marché de Portobello ? C'est incroyable tous ces exposants quand même. Sur combien de centaines de mètres peuvent bien s'étaler tous ces commerçants ? C'est complètement démesuré. Et les antiquités ? Non mais tu as vu ça ? Des tueries.
Elle marque une pause pour prendre le temps de rassembler ses idées.
- Qu'est-ce que j'aurais aimé acheté un de ces snakes ! Ils étaient vraiment superbes. Mais bon, soixante quinze livres sterling pour un bracelet en argent, ça fait mal tout de même, tu ne penses pas ?
- Si, si, dis-je perdue dans mes pensées.
Karine, inquiète de la distance que j'affiche, s'enquiert de ma santé mentale.
- Dis-donc, c'est une épreuve de force de te faire parler cet après-midi. Qu'est-ce qui se passe ?
Je me retourne vers elle, les yeux hagards.
- J'ai peur. Je crois que je ne vais pas y aller.
- Où ça ?
- Au théâtre.
Karine me regarde, éberluée.
- Non mais, tu ne vas pas bien ? Cela fait des mois, que dis-je, des années que tu me parles de ton prince charmant. Depuis toujours, tu le cherches, tu le veux et tu le désires; tu le croises enfin à Los Angeles, les indices que tu récoltes depuis t'annoncent un tirage gagnant et tu craques au moment où tu touches enfin la victoire du doigt ? C'est quoi ? De la dégonfle ou la peur de gagner ?
Je réfléchis quelques secondes à ce qu'elle vient de dire avant de lui répondre.
- Un peu des deux, je crois.
- Et bien il va falloir dominer tes angoisses et ton manque de confiance, sans quoi tu risques de manquer le coche. Tu l'as manqué de peu à Venice, ne vas pas passer à côté une fois encore. Tu n'auras pas de troisième chance, Pénélope.
Elle se redresse, tend le cou et regarde au dehors.
- Viens, suis-moi. On va descendre ici. Avec un peu de pot, on pourra attraper le bus tout de suite et rentrer à temps à l'hôtel.
- On ferait peut-être mieux de nous rendre directement à une station de métro, sinon j'ai bien peur qu'il nous faille directement sauter dans les robes sans même prendre le temps de nous doucher.
- T'inquiètes, on va y arriver. Arrêtes de flipper, me lance Karine avec une pointe d'énervement dans la voix.

Après deux ou trois tentatives infructueuses pour localiser le bon arrêt de bus, et malgré toute la bonne volonté dont font preuve les londoniens pour nous renseigner, force est de constater que nous n'arriverons pas à trouver le fameux « 380 ».
En désespoir de cause, nous demandons où se trouve le métro le plus proche et courrons sur plus de quatre cents mètres pour nous engouffrer dans la première rame venue. Comble de malchance, nous ne montons pas dans le bon train et finissons au terminus, à l'opposé de la direction qu'il nous fallait prendre.
- Et merde, c'est pas vrai. On ne va jamais y arriver, dis-je, au comble de l'énervement.
Karine, irritée par mon manque de sang froid, commence à perdre patience.
- Bon, on ne va pas s'exciter pour rien, d'accord ? On va revenir sur nos pas et repiquer sur la Picadilly Line. Ensuite, il ne nous restera qu'un changement. On prendra la Northen Line et on sera à King's Cross dans moins de vingt minutes.
- On est trop limite. C'est fichu ! Nous devons être au théâtre une heure avant le début du spectacle pour récupérer les billets. Ensuite, les guichets ferment.
- Mais non ce n'est pas foutu. On va faire vite et puis c'est tout. Ce n'est pas la peine de stresser d'avantage. Tu l'es déjà bien assez énervée comme ça.


Une course effrénée s'ensuit dans un incroyable dédale d'immenses couloirs. Un quart d'heure plus tard nous déboulons à King's Cross, échevelées et essoufflées, puis entamons un sprint endiablé sur le dernier kilomètre qui nous sépare de l'hôtel.
Dans la chambre, le rythme va bon train. Nous nous jetons sur nos valises, en sortons nos tenues de soirée, décidons tout de même de nous rafraîchir, nous maquillons à la va-vite et redescendons en grande pompe pour arpenter la rue, moi en fourreau de soie grise et Karine en robe bouffante de crêpe marron.
Soudain, au bout de cinq cent mètres de marche forcée, elle s'arrête brusquement et se tourne vers moi.
- Tu as pris le sac que tu avais prévu pour lui ?
Je la regarde, figée sur place, incrédule, terrorisée à l'idée d'un autre contretemps. Vu l'heure, nous ne pouvons plus nous permettre le moindre retard supplémentaire.
Karine réagit instantanément.
- Où as-tu mis ton sac ?
- Dans la poche intérieure de ma valise. C'est tout simple, il n'y en a qu'une.
- Tout est dedans ?
- Oui, tout y est.
- Okay, tu ne bouges pas d'ici et tu m'attends. Je fonce le chercher.
- D'accord, je reste là.
Je me dépêche, me lance-t-elle avant de repartir au pas de course en direction de l'hôtel.
Les cinq minutes que je passe à l'attendre me paraissent interminables. Mon coeur bat la chamade. Je suis partagée entre l'excitation extrême et l'envie de hurler tant l'angoisse qui m'étreint est forte. Les passants me jettent des coups d'oeil amusés. L'un d'entre eux me baptiste même du sobriquet de Pretty Woman. Je lui adresse un sourire crispé et m'allume une autre cigarette.
Prise de tremblements, les mains moites et le visage couvert de sueur, j'adresse une prière silencieuse au Très Haut.
Seigneur tout puissant, je t'en supplie. Fais qu'elle revienne vite. A peine ai-je le temps de parfaire ma supplique que Karine apparaît au détour d'une ruelle, courant à ma rencontre, jupons au vent. Instinctivement, je vérifie qu'elle a bien dans sa main l'indispensable sac et son précieux contenu. Je ne peux réfréner un immense soupir de soulagement et m'empresse de la prendre dans mes bras.
- Merci Karine. Tu es géniale.
- Pas de quoi. Quelle heure est-il ?
- Sept heures moins le quart.
- Allez, c'est parti. Si on se débrouille bien, on y sera pour sept heures.

Nous reprenons notre course et pénétrons dans la station de métro quelques minutes plus tard, sans nous préoccuper outre mesure des regards étonnés, des gloussements étouffés ni même des commentaires obligés que suscitent nos tenues. Il est vrai que deux jeunes femmes arpentant les couloirs du métro londonien vêtues de robes de soirée a quelque chose d'atypique. Pourtant le moment demeure magique, comme sorti tout droit d'un rêve.
Malgré la forte contrariété que provoque notre retard, en dépit de l'appréhension qui m'oppresse la poitrine et me serre la gorge, je parviens à oublier quelques instants l'immense défi qu'il va me falloir relever dans les heures à venir.
Ma vie entière dépend du comportement que j'adopterai lors de ce moment unique, rare, essentiel, et de la conviction que mettra mon double à répondre à mon appel; et cependant, à ce moment précis, plus rien ne m'atteint. Le monde n'existe plus. Je me sens comme Cendrillon se rendant au bal. Durant toute la durée du trajet jusqu'à Leicester Square, je prends soin de tenir bien serrée la traîne de mon fourreau et vérifie qu'elle ne soit ni tâchée, ni accrochée par les voyageurs qui se pressent en masse dans les wagons. Karine m'englobe d'un regard qui en dit long, manifestement stupéfiée par la force des sentiments qui m'animent, décidément amusée par le caractère rocambolesque de la situation.
- C'est fou quand-même. On dirait vraiment que tu te rends à un rendez-vous galant.
- Mais c'est le cas ! Te rends-tu compte de l'énormité du moment ? Je vais enfin retrouver l'homme que le destin a placé sur mon chemin, et m'a repris. Je vais de nouveau pouvoir me perdre dans ses yeux et m'y prélasser pour le restant de mes jours. Je l'ai tellement cherché Karine. Toute ma vie j'ai prié pour qu'il vienne et un beau jour, il est apparu. J'ai pu entrevoir un court instant la vision de la perfection, du bonheur suprême, de la paix retrouvée. Et puis l'épreuve a commencé. Des mois durant, j'ai du me battre pour prouver la force de mon amour, pour mériter le droit suprême de redonner à mon âme son autre moitié, de la sentir se reconstruire. Ce soir, je vais enfin pouvoir goûter au fruit de la félicité et m'abandonner à l'extase.
Submergée par l'émotion, j'en oublie jusqu'à mes trente huit ans, jusqu'à ma condition de mère de famille, de femme raisonnable, d'ex-épouse. Je redeviens libre, pure, innocente, intacte et renais de mes cendres avec un plaisir d'une intensité insoupçonnée.
Karine, finalement gagnée par mon exaltation, passe un bras autour de mes épaules.
- Tu es magnifique ma poule. ça va marcher, c'est sur. Il va te voir, tomber à genoux..., et dans six mois on est de mariage, plaisante-t-elle en éclatant de rire.
Sa fraîcheur me ressource et m'apaise. Elle agit sur moi comme une bouffée d'oxygène. Sa présence à mes côtés dans cette étape primordiale de mon existence est un don du ciel, une bénédiction. Elle est la meilleure des amies, la plus désintéressée et la plus tolérante qui soit. Nombreux sont ceux qui passent une partie de leur existence privés de la qualité d'une telle relation et à qui je souhaite, dans l'euphorie du moment, de vivre une amitié comme celle-là.
- Je t'adore, lui dis-je dans un élan d'affection.
- Moi aussi je t'adore, me répond-elle en m'embrassant sur la joue.

Enfin, le wagon s'immobilise et les portes s'ouvrent.
Leicester Square.
- Cette fois on y est, commente Karine, les yeux pétillants de malice. Plus que quelques mètres à parcourir avant la grande conjonction.
- La vache ! Je suis morte de peur, lui réponds-je la gorge serrée.
- Jusque là, tout est normal, plaisante-t-elle de nouveau. Allez, dans deux secondes on est dehors. Tu as le sac ?
- Je ne le lâche pas.
Durant toute la remontée vers la sortie, nos yeux se posent sur le mur qui longent l'escalier roulant. Une incroyable quantité d'affiches publicitaires vantent la qualité et le caractère exceptionnel des pièces de théâtre et des comédies musicales qui se jouent actuellement au coeur de Londres. Alors que nous montons les dernières marches, Karine se jette sur l'une d'elles et caresse le visage de l'homme qu'elle y voit promotionné avant de s'adresser à lui.
- A tout de suite mon petit loup !
Je ne peux m'empêcher de sourire, émue et réjouie par sa sincérité et sa spontanéité, touchée par son enthousiasme.
A mon tour, je caresse le visage tant aimé et lui souffle un baiser.
- Je suis là mon amour. Attends-moi, j'arrive !

Hommes, femmes et enfants déferlent dans la rue par centaines. Il règne au dehors une incroyable effervescence. L'avenue principale est déjà noire de monde. Un nombre incalculable de taxis, de voitures, de limousines et de rickshaws s'entrecroisent comme dans une danse savamment orchestrée. Il nous est pratiquement impossible de nous mouvoir, prisonnières des mouvements de foule, et c'est en trépignant que je descends la rue, précédée de Karine qui me tient solidement par la main.
- C'est par où déjà ? me crie-t-elle.
- Tout droit. Tu descends encore un peu puis tu traverseras la rue juste au niveau de ce théâtre, là-bas.
- Et ensuite ?
Ensuite, on s'engagera dans la petite ruelle que tu vois, tout de suite à gauche.
- ça roule. Quelle heure est-il ?
- Dix-neuf heures dix.
- C'est bon. On y est.
Nous donnons des coudes, jouons des épaules et finissons, non sans peine, à sortir de la cohue. Dans un ultime effort, nous entamons notre dernier sprint, traversons à la hâte St Martin's Ct. puis tournons à droite et redescendons St Martin's Lane en courant, jusqu'aux colonnades blanches du théâtre. Tout en contemplant la beauté de sa façade, nous nous accordons une minute pour reprendre notre souffle et constatons que peu de personnes se pressent devant les guichets. La majorité des spectateurs doit déjà être assise en salle.
- Tu va nous attraper les billets ? me demande Karine.
- Tu crois que ce n'est pas trop tard, qu'ils vont nous les donner ?
- Mais bien sûr, quelle question. Allez, vas-y. Je t'attends.
Le vigile à l'entrée m'indique du doigt le guichet vers lequel je dois me diriger. Sans plus attendre je me précipite vers la première hôtesse que j'aperçois et lui donne mon nom, mes numéros de réservation et de transaction internet. Sentant mon appréhension, elle sort d'une boite cartonnée une enveloppe cachetée et me la tend avec un généreux sourire.
- Merci beaucoup. Merci encore, lui dis-je soulagée.

Au bord de l'explosion, je m'apprête à rejoindre Karine et vais pour brandir l'inestimable sésame au-dessus de ma tête, comme un trophée. Lorsque j'entends quelqu'un m'adresser la parole.
- C'est pour moi que tu t'es fait belle comme ça ?
Horrifiée par l'intonation de la voix que je me refuse à reconnaître, je me retourne et constate ce que je redoutais.
- Jérôme !?

  Thu, 09 Aug 2007 23:19:00 +0200

Très haut dans le ciel sont mes aspirations les plus élevées. Il se peut que je ne sois pas en mesure de les atteindre, mais je peux regarder en haut pour voir leur beauté, croire en elles et tenter de les suivre. (Louisa May Alcott)

Quatre heures vingt du matin. J'enfile mon pardessus molletonné et m'apprête à sortir les bagages sur le trottoir. Un dernier coup d'oeil à l'intérieur pour vérifier que tout est en ordre puis je me dirige vers la porte d'entrée et m'apprête à la refermer derrière moi à double tour. La sonnerie du téléphone m'arrête dans mon élan. Je regarde l'afficheur de mon portable et décroche précipitamment le combiné.
- Allô, Pénélope ?
- Karine ?!
- Écoutes, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Mon réveil n'a pas sonné. Je ne comprends pas. Thierry vient tout juste de me réveiller. Heureusement qu'il était là. Bon, je saute dans mes affaires et j'arrive. Tant pis pour le café et la douche.
- D'accord, pas de problème. Je t'attends, lui réponds-je en prenant sur moi de ne pas hurler de rage.

Depuis notre rencontre, il y a cinq ans de cela, Karine montre une étonnante propension à agir à l'inverse de ce qu'il faudrait faire et s'arrange toujours pour arriver en retard à n'importe quel rendez-vous, aussi important soit-il. Mais fort heureusement dotée d'un tempérament extrêmement persuasif et d'un physique à faire pâlir un moine, Karine continue de réussir dans la plupart des projets qu'elle entreprend, et notamment à coiffer au poteau la responsable commerciale du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Cependant, et malgré tout l'amour et le respect que je lui porte, aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres, et les foudres de l'amitié risqueraient fortement de tomber sur elle si jamais son inconséquence nous faisait manquer notre vol.

Je raccroche le combiné et consulte le cadran de ma montre. Quatre heures vingt-cinq. On doit être à l'aéroport dans moins de trente minutes, et elle vient seulement de sortir du lit ! Le temps qu'elle se vêtisse, boucle sa valise, sorte de chez elle, monte dans sa voiture, mette le contact et fasse, pied au plancher, les cinq kilomètres qui séparent nos demeures respectives, elle n'arrivera jamais à la maison avant une bonne vingtaine de minutes, dans le meilleur des cas.
Je sors en hâte la convocation de mon sac à dos et la consulte de nouveau. L'indication est formelle et qui plus est, soulignée à deux reprises : rendez-vous à quatre heures cinquante cinq du matin au comptoir 25, hall C, avant toute formalité d'enregistrement.
Je jure, claque la porte et décide de me préparer un café.
Si jamais elle me fait manquer cet avion. Si elle me le fait louper !...
Tout en le buvant, je ne quitte pas des yeux cette maudite trotteuse qui poursuit sa course, indéfiniment. L'heure tourne et Karine n'est toujours pas là. Je lève les yeux au plafond et maudis son manque d'organisation.

En désespoir de cause, j'éteins les lumières, ferme la porte, verrouille la grille et pose la globalité de mes bagages sur le trottoir. Tout en faisant les cents pas, j'allume nerveusement une cigarette et la fume mécaniquement en espérant qu'un miracle se produise.
A cinq heures précises, un bruit de moteur se rapproche et une petite voiture verte tourne au coin de la rue.
C'est elle. Enfin.
Karine fait demi-tour devant la maison, stoppe son véhicule, balance ma valise sur le siège arrière et m'embrasse.
- Coucou ma poule.
- Salut Bichette, lui dis-je, remontée comme une pendule.
- Allez, faut qu'on y aille. On est plus qu'à la bourre.
Durant tout le trajet jusqu'à l'aéroport, elle me relate tous les évènements du petit matin, du lever en quatrième vitesse jusqu'au bouclage de sa valise, dans lequel elle a jeté en vrac toutes les affaires qu'elles n'avait pas encore terminé de trier pour le voyage. Thierry, quant à lui, ne nous écoute qu'à demi-mot, éreinté de son service de la veille. Plus de cent trente couverts dans la soirée et à peine trois heures de sommeil. Il tente, autant que faire se peut, de rester éveillé, recroquevillé sur le siège passager, emmitouflé jusqu'au menton dans son pardessus à capuche. Il lui tarde de nous déposer pour repartir se glisser dans un sommeil réparateur.


Nous nous engouffrons par le sas principal et courrons rejoindre le comptoir où nous aurions dû nous manifester une heure plus tôt. Fort heureusement, il semble n'y avoir personne et, comble de bonheur, l'hôtesse nous reçoit tout sourire en nous indiquant, avec tout le professionnalisme dont elle est capable, que l'horaire de rendez-vous spécifié sur la convocation n'avait qu'un caractère indicatif et nous rassure sur le fait que très peu de personnes se sont présentées pour l'instant. Elle nous informe que la procédure d'enregistrement des bagages est en cours et nous invite à remplir les formalités dès que possible.

Nos valises prises en charge, rassurées sur le fait que nous ferons bien partie des passagers du vol BA7950, nous nous asseyons à la terrasse du café central de l'aéroport et discutons de choses et d'autres, armées d'un café crème et d'un croissant, puis commençons à réfléchir au plan d'attaque qu'il va nous falloir adopter, une fois rendues à Londres. Le déplacement jusqu'en Angleterre ne saurait avoir d'autre but que celui de capter l'attention d'un homme sollicité par le monde entier; une fois encore, une seule fois...
Aucun attrait touristique, aussi exceptionnel soit-il, ne pourra me faire déroger de ce but suprême, de cet ultime combat pour retrouver l'homme par qui tout est arrivé. Il me faut tenir mes engagements, faire honneur à la promesse que je lui ai faite, par mails interposés, de le ramener vers la lumière, la vrai, et de lui faire entrevoir que son bonheur est là, sous ses yeux; qu'il n'a plus à le chercher et que le seul effort qu'il lui faudra faire sera de se tourner vers moi pour redevenir un tout, un entier.
Trouver son âme soeur n'est pas une mince affaire. Beaucoup de gens se perdent dans les méandres de l'existence, dans les souffrances générées par la difficulté du choix ou même cèdent sous la torture infligée par le poids du libre arbitre; alors qu'il ne suffit souvent que de fermer les yeux pour faire taire tous les sens qui risquent d'interférer et nous faire nous engager dans la mauvaise direction. Il est essentiel de pouvoir arrêter sa course, l'espace d'un instant, pour reprendre son souffle, afin que notre voix intérieure puisse être entendue. Ce n'est qu'à cette condition que nous pouvons communier avec notre véritable destin, celui qui fera de chacun d'entre-nous un être accompli, une âme reconstituée.


L'avion se soulève dans les airs, tel un albatros, ouvrant fièrement ses ailes, brillant de tous ses feux dans le soleil levant. Avec Karine à mes côtés, babillant toute à son aise, je me sens rassérénée malgré l'angoisse qui me vrille les entrailles. Le tout n'est pas de désirer ardemment quelque chose, mais de tenir le cap, même si la peur gagne du terrain au fur et à mesure que notre bel oiseau de métal avale les kilomètres et me rapproche du but tant désiré. Je tourne la tête et regarde la mer de nuages qui s'étale devant moi, calme, sereine, silencieuse.
Dans moins de deux heures, je serai sur le sol anglais et dans deux jours, il sera devant moi, dans toute sa superbe; et je serai là, face à lui, au troisième rang de l'un des plus beaux théâtres de Londres, en plein coeur de Leicester Square. Je pourrai l'observer tout à loisir, cachée dans l'ombre, à trois ou quatre mètres de lui. Je bénéficierai de l'aide des jeux de lumière pour le regarder vivre son art, respirer, bouger; pour le déshabiller du regard en toute impunité.
Je profiterai de chaque instant, je savourerai chaque seconde de la pièce jusqu'à ce que, au moment des saluts, je me lève pour lui prouver que le destin ne ment jamais. Alors, nos regards se croiseront, nos deux visages se révéleront l'un à l'autre, et nos âmes se reconnaîtront.

Une petite lumière s'allume au dessus de nos têtes, indiquant que les passagers doivent rattacher leurs ceintures. Nous nous préparons à entamer notre descente vers l'aéroport de Gatwick quand l'hôtesse nous informe que nous allons traverser une zone de turbulence...

  Fri, 03 Aug 2007 01:49:00 +0200

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.
(René Char)

Peu de personnes peuvent se targuer de profiter d'une soirée de rêve dans un somptueux château, en excellente compagnie et qui plus est, arrosée d'un vin d'exception.
- Château Lafleur 1999. Un cru extraordinaire ! Je l'ai choisi pour vous, me dit Brad avec un large sourire tout en remplissant généreusement un verre à grand cru.
Il me tend le précieux liquide, les yeux pétillants de malice.
- Prenez. Allez-y, goûtez-le. Vous, les français, vous aimez les très grands vins, n'est-ce pas ? Et aussi beaucoup le Bordeaux, tout comme moi.
Il se tourne vers sa compagne et l'incite à trinquer avec nous.

Jusqu'à une heure très avancée, nous discutons de choses et d'autres, et notamment du château qu'ils se sont finalement décidés à acquérir.
- Nous allons être très heureux ici, dans cette merveilleuse région. Vous avez un pays véritablement superbe, et varié. Merci d'avoir contribué à ce que nous nous y installions, ma femme et moi. Même si ce n'est que quelques jour par an, ce sera déjà beaucoup.
- Mais tout le plaisir était pour moi. Espérons que votre nouveau pied à terre puisse contribuer à ce que nous vous voyions plus souvent. Les français vous apprécient beaucoup, vous savez.
Brad partit de son rire frais et juvénile et me pris affectueusement par les épaules avant de me poser un bruyant baiser sur la joue. Une coutume bien peu orthodoxe pour les autochtones, surtout lorsque l'on se fait embrasser par une personne que l'on ne connaît, somme toute, que par magazine interposé.

Nous nous quittons finalement sur le pas respectif de nos chambres à coucher et nous saluons chaleureusement tout en nous promettant de rester en contact.
A mon réveil, ils ont depuis longtemps quitté les lieux pour se rendre à l'aéroport.

Je me lève, me prépare et rassemble en hâte mes quelques affaires, descend à la salle de restaurant, avale un café brûlant et, tartine en bouche, monte dans le taxi.
- A l'aéroport, s'il vous plaît.

                           ***



A présent que ces moments uniques me reviennent en tête, j'ai l'impression d'être ballottée de droite et de gauche par les caprices du divin. Un jour, je vois mes espoirs ruinés et le lendemain, les épreuves sont balayées, comme par miracle. Un peu comme les mirages sont balayés par les volutes de sable.
Depuis quelques mois, je fais d'ailleurs souvent le même rêve étrange. Je me trouve au coeur du désert, seule, perdue. Puis j'aperçois une silhouette, et plus je tente de la rattraper, plus elle s'éloigne. Jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse pour laisser apparaître une oasis baignée de soleil. Peut-être le présage d'un nouvel horizon qui s'ouvre à moi. Un horizon tout proche, presque palpable...
Il me suffira juste de m'engouffrer dans un avion de la British Airways, dans quelques heures, pour arriver enfin à l'approcher, à le toucher.

- Depuis toujours, il fait le même rêve, m'a confié Luc. Une femme portant un collier très spécial. Je l'ai appris ma Armelle, qui est très amie avec Fiona, son agent.
- Quel sorte de collier ? lui demandais-je, le souffle court. - Un sceau de Salomon. - Voit-il son visage, continuais-je ?
- Ah ça, je ne sais pas mon petit poulet. Mais il semble qu'il va bientôt le découvrir. J'ai raison ?

                           ***



Je m'assois sur ma valise et termine ma cigarette, les yeux dans le vague, ressassant en détail chaque bribes de cette conversation, ébahie par l'incommensurable puissance du destin. Quoi que je dise, quoi que je fasse, il est en marche, indubitablement.

Je me lève, m'étire, apporte les dernières corrections à mon billet puis tente d'amadouer le sommeil tout en caressant pensivement le sceau qui pend à mon cou.
Mais il ne se laisse pas prendre. Ce soir, son humeur est au jeu. Alors, je décide de passer les quelques heures qu'il me reste à somnoler, et à rêvasser.

Perdue pour perdue, il faut que cette nuit reste inoubliable. Qu'elle s'inscrive comme la dernière avant la grande conjonction...

  Sun, 29 Jul 2007 22:54:00 +0200

Les routes qui ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées
(René Char - Biographie)

- Je comprends que tu ne veuilles pas me parler, Pénélope. J'ai été on ne plus grossier et mes propos dépassaient ma pensée. Mais je me devais de te dire la vérité. Je refuse que tu t'engages dans une voie sans retour. Je t'aime trop pour ça.
Je prends le temps de réfléchir à ce que je vais répondre à Jérôme. Il n'est que huit heures du matin et mes idées ne sont pas encore très claires. Après la veille de la nuit, je me sens encore irritable et je sais d'expérience que réagir à chaud n'est jamais salutaire.
- Il est vrai que tu n'as pas spécialement pris de gants. Mais je comprends les raisons qui ont motivé ta décision de me parler, lui dis-je.

Bien qu'il m'en coûte et que la seule idée des sentiments qu'il nourrit à mon égard me révulse, je m'efforce de lui laisser une petite chance de se rattraper. Cependant, la douleur est encore vive et le recul me manque pour être magnanime. J'ai du mal à ne pas lui en vouloir. Avec quelques piques bien aiguisées, il a détruit mes espoirs et ruiné mes espérances. Comment le bonheur sera-t-il possible, maintenant qu'il va me falloir affronter l'une des pires machines de guerre qui soit ? Autant se comparer à Sancho Panza sur son mulet, partant à la conquête d'un moulin à vent. Le défi est devenu quasi impossible à relever.
Comment vais pouvoir jamais me faire remarquer d'un homme impliqué dans l'une des plus puissantes machinations internationales ? Qui suis-je pour tenter de l'en sortir, sans armes efficaces ? Par quel miracle vais-je pouvoir contrer quoi que ce soit ? Comment lui faire accepter le concept de l'emprisonnement mental ? Il me rejettera, et ce sera légitime.
- Dis-lui que tu es son guide, Pénélope; son âme soeur...
- C'est déjà fait...
- Tu lui as dit quand ?
- L'autre jour, par le biais d'internet. Une discussion, sur un site de rencontres. Tout à fait banal, mais extraordinairement efficace. L'on cherche toujours à compliquer les choses, alors que la solution est souvent très simple.
Un silence, lourd de sens, s'ensuit.
- Tu lui a spécifié que tu l'aimais ?
- Jérôme, cesses d'être ridicule veux-tu ? Des centaines de fans lui sortent ce genre d'aveu mielleux jour après jour, depuis près de six ans. Je ne veux pas voir de condescendance dans son regard, lorsque je lui adresserai la parole; quand arrivera le moment où, enfin, j'aurai mon destin bien en face et que je pourrai le regarder tout à loisir au fond des yeux. Je veux qu'il sente que je suis différente des autres; que je peux lui porter secours, lui apporter le bonheur qu'il cherche, la confiance qui semble le fuir depuis si longtemps.
- Dis-lui que tu aimes son âme, Pénélope. Le bois dont il est fait, l'acier dans lequel il est forgé. Ne lui parles pas du vernis dont il s'enduit pour les besoins de sa profession. Ne lui parles que de la matière brute, pas de l'image. Parles-lui de tout, sauf de son métier.
En écoutant les paroles étonnamment pleines de bon sens de Jérôme, une question surgit : - Pourquoi me rappelles-tu à cette heure matinale pour me parler de lui ? Après la séance de l'autre fois, tu ne m'en voudras pas si je te dis avoir quelques doutes sur ton intégrité. Pourquoi ce revirement soudain ? As-tu une idée précise qui te trotte dans la tête ? Ou peux-être tentes-tu de m'envoyer au « casse-pipe », persuadé de pouvoir me récupérer ensuite ? Que mijotes-tu exactement ?
- Rien de répréhensible Pénélope. C'est juste que le remords me bouffe les entrailles depuis l'autre soir. Je ne peux me pardonner d'être sorti de mes gonds, ni de t'avoir heurtée. Je m'en veux et je voudrais véritablement que tu me pardonnes. Le pourras-tu ?
La question est ardue et, sur le moment, il m'est extrêmement difficile de lui répondre. Mon ressentiment envers lui est encore vif. Hésitante, je décide tout de même de répondre à sa question, sans pour autant le ménager. Il doit comprendre que je vis dans une équation affective dont il ne fait pas partie, pas « amoureusement » parlant.
- Il me faudra un peu de temps, Jérôme. J'avais déjà tendance à te fuir, mais à présent, je suis devenue terriblement méfiante en ce qui te concerne. J'espère que tu me comprends.
- Tu es très dure avec moi mais je le comprends et je ne t'en veux pas le moins du monde. Saches que je serai toujours là pour t'aider, en cas de besoin.
Le ton larmoyant, soufflant avec désir dans le combiné, Jérôme attend un signe d'espoir de ma part. Mais parfois le dégoût est plus fort que le pardon. Je me vois dans l'incapacité momentanée de lui donner la moindre chance.
- Il faut que je te laisse... Je dois me préparer pour aller au bureau. Luc m'attends pour une mission en Charente.
- Ah oui ! Je sais. C'est pour Brad et sa dulcinée, n'est-ce-pas ? Chapeau bas. Cette fois, c'est du très gros poisson ! Alors, tu vas faire un tour en hélicoptère avec eux ? C'est vraiment énorme ça. Je t'envie.
- Oui. Bon, on en discutera plus tard tu veux bien ? Je dois vraiment y aller à présent.
- D'accord, d'accord. Bonne chance alors, et à très bientôt ?
Je laisse sa question sans réponse et raccroche sans autre forme de procès.

Une heure plus tard, la discussion va bon train lorsque j'ouvre la porte vitrée du bureau de Luc.
- Ah, tiens. Te voilà ma bichette. Entres, entres ! Assieds-toi. Tu as pris un café ?
- Un énorme Capuccino. J'en avais besoin lui réponds-je avec un sourire en coin.
- Oui, je vois ce que c'est, me répond-il avec un air entendu.
- Ce n'est pas ce que tu crois.
- On dit ça, surenchérit-il, un sourire fripon au coin des lèvres. Nous venons juste de commencer, continue-t-il. Sur ce coup, il me faut mes meilleurs éléments. Les deux tourtereaux recherchent un château un petit peu partout en dessous-de la Loire, en Dordogne et dans le grand Sud-Ouest. Rémi et Vincent continuent de prospecter sur la Dordogne et le Lubéron.
Ceci dit, leur attachée de presse vient de me confirmer que les amoureux avaient plus ou moins porté leur choix sur la Dordogne, mais n'avaient pas eu le coup de foudre escompté pour le moment. Ils voudraient néanmoins refaire un petit tour avant de poser leur dévolu sur une autre région. Donc, c'est toi qui t'y colles. Voici le plan de vol de l'après-midi, le planning des visites qu'on leur a concocté ainsi que la plaquette du Château de Mirambeau, où tu mangeras avec eux ce soir. Armelle m'a bien spécifié qu'ils t'invitaient à leur table; ça ne se refuse pas. Tu as tout capté ma grande ?
- Oui, je pense avoir tout compris. Je vais regarder tout cela en détail avant de partir.
- OK. Tu as deux heures pour lire la paperasse, rappeler tous les prestataires, les propriétaires et les agents. Départ à onze heures. Rendez-vous à midi-trente sur l'une des pistes privées de l'aéroport de Roissy. Armelle te réceptionnera à la porte 30, terminal 1, et te conduira à eux. Ça marche ?
- Ça marche.
Luc tapa des deux mains sur la table, signifiant ainsi la fin de la réunion.
- J'ai un rencart avec Boris pour la prochaine mission, me lance-t-il en enfilant son blouson à la hâte. Je suis à la bourre. J'y vais. Tu me feras un compte-rendu dès que tu rentres, d'accord ?
- Oui, je t'enverrai un e-mail.
- Non, tu m'appelles.
Il se penche à mon oreille.
- J'ai deux ou trois petites choses à t'annoncer concernant ton « prince charmant » Cendrillon. Et je préfère te le dire de vive-voix.

  Thu, 26 Jul 2007 01:25:00 +0200

« LA PENSEE SE MANIFESTE PAR UNE PAROLE,
LA PAROLE SE TRADUIT PAR UN ACTE,
L’ACTE DEVIENT UNE HABITUDE,
ET L’HABITUDE SE SOLIDIFIE EN CARACTERE.
ALORS, OBSERVE AVEC SOIN LA PENSEE ET SES MEANDRES,
ET LAISSE LA JAILLIR DE L’AMOUR
NE DU SOUCI DE TOUS LES ETRES
DE MEME QUE L’OMBRE SUIT LE CORPS,
TEL ON PENSE, TEL ON DEVIENT. »

(Bouddha Shakyamuni)

Il n'y a rien à faire, les paroles de Jérôme ne cesse de résonner dans ma tête.
Il fait partie d'une secte...D'une secte...
Je me tiens les tempes, prise de nausée. Une terrible crise de migraine m'assaille depuis vendredi et m'épuise. Le ventre me fait mal, agressé par la somme colossale de médicaments que j'avale sans ressentir pourtant le moindre soulagement. La douleur ne cesse d'augmenter, persistante, lancinante, insupportable. Cependant, je n'abandonne pas et scrute la toile jour et nuit à la recherche d'une parole qui saura ramener une âme en perdition vers le droit chemin.
Le tout est de savoir ce qu'est « le droit chemin ». La notion est si subjective ! Et le droit chemin est-il seulement le « bon »? Seul Shakyamuni lui-même saurait répondre à cette complexe question. Et encore ! Il n'a atteint l'illumination qu'à quatre-vingts ans passés, persuadé de n'avoir rien appris.
J'ai beau tourner et retourner la situation dans ma tête, le problème reste insoluble.
En admettant que je trouve une solution convaincante, je ne peux décemment faire des centaines de kilomètres en avion pour aborder un homme et lui annoncer de but en blanc que sa vie et son mode de pensée ne sont qu'un leurre; qu'il s'est fait endoctriner et que son modèle spirituel se sert de lui pour étendre son champ d'action.
Comment lui dire que les voies de la sagesse qu'il embrasse avec ferveur sont bien loin de la compassion initiale du Bouddha ? Il refusera de me croire.


Je masse mes paupières lourdes de fatigue et me laisse convaincre par l'idée séduisante d'un thé bouillant. Bercée par le va et vient du rocking chair dans lequel je me suis assise, j'inhale avec un plaisir absolu une longue bouffée de tabac blond. L'enjeu est de taille et les moyens de procéder bien minces...

Brusquement, je me lève. Une pensée vient de me venir à l'esprit, si risible de simplicité que je n'y avais même pas songé.
Je ne peux attaquer directement ses choix, mais puisque qu'il dit « adhérer » à la philosophie bouddhiste, qui d'autre que le Bouddha saurait lui montrer la voie ? Dans ses enseignements, il dit :
« Ceux qui prennent l'erreur pour la vérité et la vérité pour l'erreur, ceux qui se nourrissent dans les pâturages des pensées fausses, n'arriveront jamais au réel ».
Ne reste qu'à démontrer que le chemin qu'il a choisi n'est pas la vérité. Ce ne sera pas difficile. La propre expérience de Shakyamuni est si semblable à la sienne, son karma est si proche du sien qu'il ne sera pas compliqué de l'amener à faire un parallèle évident.
Il y a maintenant quelques semaines de cela, je suis tombée sur lui, par hasard, au cours d'une discussion animé sur Donatello. Il était tard. J'hésitais entre l'appel du repos et la passion du débat. Et puis, il est arrivé, comme surgit de nulle part. Une manifestation soudaine proche du miracle. A croire que le destin ne baisse jamais sa garde. Il n'y a pas de hasard.
Je suis certaine que c'est lui. Le mystère avec lequel il entoure sa profession, son nom de famille, le descriptif de son physique, l'absence de photo sur son profil, l'impossibilité d'obtenir le plus petit renseignement sur son lieu de vie, son adresse, ses amours précédentes... Tout me confirme qu'il s'agit bien de l'homme que la vie me livre, juste là, et que je caresse amoureusement chaque soir par l'intermédiaire des touches de mon clavier d'ordinateur.
Sa passion pour la photographie, son intérêt pour la sculpture, sa manière de débattre sur l'environnement me disent que je suis dans le vrai. Ce ne peut être que lui. Tous mes sens, parfaitement en éveil dès que ses messages me parviennent, me mettent dans un état d'excitation sans précédent. Je sens qu'il est là, juste derrière l'écran, caché derrière un nom d'emprunt. Je peux presque entrevoir l'espièglerie de son sourire lorsqu'il me chahute avec humour et finesse, un brun débonnaire, infiniment prévenant. Son amour inconditionnel pour les femmes, cette manière de concevoir l'existence par et pour elles, son profond respect pour sa grand-mère, dont il parle par ailleurs très souvent, son adoration pour sa soeur cadette me confirme que je m'adresse bien à l'élu; celui que mon âme recherche depuis la nuit des temps.


Ce soir, la discussion tourne autour du thème du destin. Après avoir longuement scruté l'écran, je finis par me lancer, mets en ordre deux ou trois idées en griffonnant à la hâte quelques mots clés sur un morceau de papier, et entreprends de répondre à sa question laissée en suspens.
Le curseur clignote obstinément, attendant ma réponse.


Lui : Si j'en crois tout ce que tu me racontes, alors j'en conclue que tu crois à la notion de chemin ? Tout comme moi ;-) - Mais tu ne m'as pas parlé du libre arbitre ? Pour ma part, je pense que nous avons la possibilité d'influer sur le cours des évènements, sans pour autant sortir du chemin que chacun d'entre-nous est amené à suivre. Qu'en dis-tu ? »


Moi : Tu m'as percé à jour ;-) - Je crois effectivement à la notion de chemin; ceci dit, tout en acceptant le paramètre très probable que beaucoup ne mènent nulle part. On peut également le suivre sans aucune garantie que ce soit le « bon ». Malgré tout, il est possible de résoudre cette incertitude en équilibrant le modèle du chemin par celui de l'épanouissement. Tu sais, je me suis rendue compte que les êtres humains sont parfois si préoccupés par des questions sans importance réelle qu'il en oublient de savoir s'il ont le bon « Mantra », le bon livre;  qu'ils passent à côté du « vrai ».  En un sens, tu me diras, il est impossible de le savoir.
Tu imagines ? Si quelqu'un venait et te disais : « Vous faites fausse route. Vous êtes sûrement en route vers l'enfer » que pourrais-tu répondre ? Tu pourrais choisir de refuser d'entendre mais tu ne pourrais pas prouver qu'il, ou elle, à tort.
A mon sens, s'il est possible de savoir si l'on est sur la voie de l'Eveil, ce n'est que parce-qu'il y a déjà quelque chose en nous, même si ce n'est qu'à l'état de germe. Sans cette résonance, personne ne pourrait suivre la voie de l'Eveil, et donc, se retrouverait dans l'incapacité de suivre son chemin de vie, celui que son destin lui trace, jour après jour. Il est possible de tourner le flanc à sa destinée en choisissant de suivre le mauvais chemin, sans en avoir la moindre conscience, et persuadé de surcroît faire le bon choix. Pour suivre sa destinée, il faut accepter de se laisser guider et de se remettre en question chaque fois qu'une entité extérieure vient jouer le rôle de guide. Il fait savoir l'écouter, suivre son conseil, puis se laisser prendre par la main et se laisser porter par la vague. Y-compris s'il nous arrive d'être renversé par la force du courant.
Tu sais ce que le Bouddha Shakyamuni a dit, parmi ses nombreux enseignements ? »


Lui : Dis-moi...


Moi : « Par soi-même, en vérité, est fait le mal. Par soi-même on est souillé.
 »

Cela s'applique également aux mauvais chemins, que l'on peut prendre malencontreusement pour des bons.


Lui : Et qu'a-t-il dit d'autre ? Ne te fais pas prier, vas-y, enseignes-moi ;-)


Moi : « Celui qui, après avoir été négligent, devient vigilant, illumine la terre comme la lune émergeant des nuées ».


Lui : Alors tu penses que dans ma démarche quotidienne, je fais fausse route ? Tu es persuadée que mon mode de pensée n'est pas le bon, n'est-ce-pas ? C'est bien ce que tu essayes de me faire comprendre ?


Moi : Non, ne crois pas cela. Je suis sincèrement convaincue que ton mode de pensée est louable et que la voie que tu cherches à atteindre peut te faire suivre le bon chemin. Mais je sais de source sûre que le guide que tu as choisi pour t'y engager n'est pas le bon.


Lui : De quelle source l'information te vient-elle ?


Moi : Des nombreuses interventions du Dalaï Lama pour dénoncer les organisations sectaires qui, sous le couvert du Bouddhisme et de l'enseignement Zen tendent des pièges aux personnes influentes pour s'en servir de bannière et renforcer ainsi leur pouvoir auprès des jeunes populations. C'en est malheureusement navrant d'évidence.


Lui : Tu veux en venir où exactement ?


Moi : Au fait.


Lui : C'est à dire ?


Moi : Tu as choisi le mauvais chemin.


Lui : Tiens-donc ! Et quel est donc le bon ? Dis-le moi, je n'en puis plus.


Moi : Celui que je m'apprête à te faire prendre.


Lui : Vraiment ? Alors révèles-moi vite la date de cette grande conjonction, que je me tienne prêt !


Moi : Cela se passera le quatre août prochain. Tu seras sur la scène de l'un des plus magnifiques théâtres de Londres et moi, je serai dans la salle. Je ne te lâcherai pas des yeux et lorsque les lumières se rallumeront, à l'instant même où tu t'apprêteras à saluer ton public, ton regard croisera le mien. Tu sauras alors que je suis venue pour te ramener vers le droit chemin.


Lui : ... Viendras-tu me parler ?


Moi : Oui.


Lui : Et que me diras-tu pour me convaincre de te suivre ?


Moi : « Maintenant que tu connais mon visage, il ne te reste qu'à lire et déchiffrer les codes.»


Lui : Et de quelle référence devrais-je partir pour décrypter la mystérieuse révélation que tu t'apprêtes à me faire ?


Moi : Wisenot


Lui : Wisenot?


Moi : Oui


Lui : C'est quoi ? Un anagramme ?


Moi : Non. C'est le mot de passe qui ouvre la porte derrière laquelle se cache la réponse que tu cherches...