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  Mon, 17 Dec 2007 10:28:39 +0100
copié de Roseau ou Le Parti d'en livre

Penser que le livre et ses métamorphoses, fidèles compagnons de l'esprit humain depuis des lustres, ont un bel avenir ; est-ce entretenir de vieilles lunes ?

Utiliser cette jeune lune, si conquérante, si éphémère, qu'est internet et ses écrans pour en parler, y converser ; revient-il à jouer les illusionnistes ?

Notre réponse à ces deux questions sera non ; avec fermeté pour la première, avec hésitation pour la seconde.

Penchant du roseau

Lire dans un vrai livre est notre parti pris. Cet objet malléable à souhait, abritant une œuvre se suffisant souvent à elle-même, pouvant être transmis dans son intégrité ; ne finit pas de nous séduire par les prouesses de son ingéniosité si discrète. La lecture qu'il appelle peut s'exprimer à haute voix ou dans un silence propice à l'imagination, au voyage, à la réflexion, aux sentiments : deux respirations différentes. Le lire d'un trait avide ou à petites gorgées, c'est selon notre humeur. Il sera compagnon d'un jour ou d'une vie ; nul ne le sait avant d'avoir écorné une de ses pages.

Bruissement des roseaux

Si ce lieu permet à des auteurs de converser avec des lecteurs à propos d'un livre en cours d'édition par un tiers qui hésite à le rendre public, le bruissement des roseaux sera joyeux !

PS : la chèvre rebondit ici : un codex imaginaire ou un document à télécharger.
En ce début de janvier, Annie David, sur le forum d'expression française, tenait à peu près ce propos : « La traduction littéraire est un art. Comme l'écriture », je ne pouvais qu'acquiescer en ces termes :

« C'est si vrai qu'on ignore souvent, lors de la lecture d'un texte « étranger », ce qui relève - dans notre appréciation - de la traduction.

Ici, j'ai sous le coude quelques traductions des Géorgiques de Virgile, je vous en extraits quatre vers, et quelques traductions :

Virgile

Ante Iovem nulli subigebant arva coloni ;
Ne signare quidem aut partiri limite campum
fas erat: in medium quaerebant, ipsaque tellus
omnia liberius, nullo poscente, ferebat.

Delille (1770)

Avant lui, point d’enclos, de bornes, de partage ;
La terre était de tous le commun héritage ;
Et, sans qu’on l’arrachât, prodigue de son bien
La terre donnait plus à qui n’exigeait rien.

de Marolles (1649)

Auparavant, il n’y avait point de laboureurs : comme les hommes n’avaient point l’usage de partager les champs, aussi leur était-il défendu d’y mettre des bornes, et possédaient toutes choses en commun, la terre sans être sollicitée portant toutes sortes de fruits.

de Pinchesne (1708)

Avant lui les mortels en ignoraient l’usage.
On n’avait point encore divisé l’Héritage :
Les Bornes, les Contrats, les Fonds, les Revenus
N’étaient qu’illusion et que noms inconnus,
Chacun s’appropriant ce que la Terre pleine
Produisait en commun d’elle-même sans peine.

Cabaret-Dupaty (1878)

Avant Jupiter, personne ne cultivait les champs. Il n’était pas même permis de partager ni de limiter le sol. On recueillait en commun, et, sans être forcée, la terre prodiguait librement tout d’elle-même.

Desportes (1806)

Avant Jupiter le labourage même était inconnu ; il n'était pas permis de faire le partage des champs, d'en marquer les limites. C'était l'héritage commun, et la terre, sans être sollicitée, donnait libéralement tous ses biens.

Rat (1932)

Avant Jupiter, point de colon qui domptât les guérets; il n'était même pas permis de borner ou de partager les champs par une bordure : les récoltes étaient mises en commun, et la terre produisait tout d'elle-même, librement, sans contrainte.

Je ne vous dis pas celles qui ont ma préférence ;-) »

Jacques Paionni, à cette lecture, remarqua : « Belle démonstration de ce qui doit se passer dans nos parlements européens »

Ce qui, de ma part, provoqua ce propos :

« Bah, tu es gentil pour les institutions européennes, ou... très méchant pour les différents traducteurs ci-dessus.

Hum... une traduction de ce passage de Virgile :

Ante Jovem nulli subigebant arva coloni ;
Ne signare quidem aut partiri limite campum
fas erat: in medium quaerebant, ipsaque tellus
omnia liberius, nullo poscente, ferebat.

par la commission, pourrait donner quelque chose comme ceci :

[Note de synthèse ref. e-27X35Z1984, la version intégrale est disponible et consultable dans notre nouveau système d'archivage électronique -> e-domec (1) réf. e-WX12-15-87A]

Avant l'adoption de la norme Iso 1984, la rationalisation de la production agricole nécessaire à notre croissance économique, élément structurel permettant une bonne utilisation des ressources et un approvisionnement durable de nos métropoles, n'était pas encore interopérable.

La spécialisation et la sécurisation des espaces qui par le gain de productivité subséquent et l'économie d'échelle conséquente permet aujourd'hui d'adapter, à flux tendu, la production à la consommation des agents économiques tout en respectant les règles sanitaires correspondant aux normes en vigueur n'était pas réalisée.

La répartition des budgets aux différentes dotations définies dans le schéma directeur qui permet la traçabilité des différents flux matériels et immatériels ainsi que la bonne gestion des stocks en fonction de la conjoncture n'était pas mise en oeuvre.

Ainsi, sans respecter les règles sanitaires élémentaires, les normes de la diététique internationale, l'étiquetage précis des produits, la prévention des épizooties et des endémies, l'agent économique mal défini (l'acte de consommation étant de manière irrationnelle confondu avec l'acte de production ; la sphère culturelle(1) avec l'agriculturelle ; etc.) puisait, sans le discernement que les fondamentaux économiques et sociaux nous imposent, anarchiquement les ressources de notre écosystème.

(1) « L’équipe E-DOMEC (Secrétariat Général, unité B.3) s’occupe de la partie normative, mais est également project owner de plusieurs applications GED (Gestion électronique de documents), telles qu’Adonis 5.3, HERMES, ARES et NOMCOM. Elle s’occupe aussi d’actions de formation, de campagnes d’information, de reporting, d’audit. Elle prépare les réunions du Comité Directeur E-DOMEC, joue un rôle de facilitateur pour le budget et travaille en collaboration très étroite à la fois avec les DMO et la Direction générale de l'Informatique pour ce qui est des aspects normatifs et fonctionnels. » »

Cela me rappelle qu'en novembre dernier nous pouvions lire sur ce même forum un message manifestement traduit d'anglais en français par un outil qui automatise cet art.

Ce galimatias me rappela ceci :

« Ce style me rappelle furieusement celui qui fit passer ce passage de « Nuances » de René Dorin de :
« Tino Rossi chante...
C'est un cachet !
Il a le premier prix...
C'est un comprimé ! »

à :
« Tino Rossi chante...
C'est un joint!
Il a le premier prix...
C'est un médicament! »

plus d'explications ici : http://pastiche.roseau.org/pat.php3

À propos de traduction, il y a un très joli texte ici : http://www.khristophoros.net/khristo.html « Kristophoros, le traducteur est un passeur » de JC Capèle que je recommande. »

  Thu, 17 Aug 2006 14:32:34 +0200
Une bande de joyeux drilles rencontrés en 1989 m'ont remis ce texte qui fleure bon la joie de vivre.

Nota : j'ai enlevé la version « brochure imprimée » le prix étant vraiment trop élevé pour un texte aussi court.


  Wed, 16 Aug 2006 13:47:32 +0200
Première publication via lulu : la sente de la chèvre qui bâille.

ImageCet ouvrage recueille les écrits, articles et libelles parsemés par Jean Domec (1926–2005) le long de la Sente de la chèvre qui bâille. La chèvre, « adorée dans l’ancienne Égypte, chantée par les poètes gréco-latins, redoutée par le monde judéo-chrétien, ne laisse personne indifférent. » Sous la plume de l’auteur, elle se retrouve « emblème de la liberté et de la joie de vivre » ainsi « comme en 1789, montrons l’exemple et entraînons l’univers. Libérons nos animaux de ferme, nos espaces nous le permettent et nous appellent. Vite, nos bourgs, nos villages, nos hameaux désertés seront à nouveau habités et égayés par la présence radieuse et bariolée de nos amis. Ainsi, nos pays renaîtront pour le charme, la beauté, la qualité de vie de nos habitants et de leurs hôtes. »

Pour cette publication comme pour les suivantes, je vais m’efforcer d’adopter les règles de conduite suivantes :

(1) le travail fait sur l’épreuve du livre m’a permis de détecter de nombreuses coquilles présentes sur le site de la sente de la chèvre qui bâille, un travail de réfection sera entrepris dans les semaines qui viennent.

  Thu, 10 Aug 2006 18:59:12 +0200
Je ne suis pas particulièrement friand des anglicismes, mais ce titre est un clin d’œil au livre désopilant de Roy Lewis – Pourquoi, j’ai mangé mon père ? – dont un des personnages ne cesse de répéter « Back to the trees » comme cri de ralliement de ceux qui se méfient de l’innovation technologique et de ses conséquences parfois funestes.

Retour aux livres ? Comme si ce fantastique support de l’écrit était menacé par d’autres tel l’écran sur lequel vous lisez ces quelques phrases…

Je n’y crois pas vraiment – du moins à brève échéance. Le livre que l’on peut emporter n’importe où, qui accompagne une balade, une attente, un canon de rouge, un moment tranquille, une veillée, qui alimente une conversation… a de beaux jours devant lui. Ce qu’il contient continuera longtemps à stimuler notre imagination, à servir de prétexte à des dialogues intérieurs, à enflammer des conversations, à servir de lien.

Je me souviens d’une nouvelle lue au mitan des années 80. Elle racontait, à peu près, ceci : un enfant ayant fouillé toute la journée dans le grenier de son grand-père en sortit émerveillé par un objet curieux. Celui-ci contenait un grand nombre de données, elles étaient soigneusement indexées, l’accès était immédiat et nul besoin d’identifiant ou de mot de passe. Il demanda à son grand-père que pouvait être cet objet, celui-ci lui répondit : « ah ! on appelait ça un livre. »(1)

Plus tard, en 1998 pour être précis, année où le web prit son envolée en France, je m’essayais à créer un petit site reprenant quelques-unes de mes flâneries. L’accueil du site contenait (contient toujours) cette phrase : « Flâneries sera le titre de ce site, flâneries seront son contenu. Nous aimons le paradoxe entre la une et son support - apparence sur elle-même - qui singe sans le savoir celui du spectacle et de son monde. La vitesse écrase le cheminement, les déplacements effacent le voyage, les moyens taisent la communication, opacifient l'information. »

Le web a permis et permet, à ceux qui peuvent disposer de cette technologie, la floraison ou la redécouverte d’écrits de qualité, de lectures passionnantes. Manque pourtant cette distance avec le texte que ce compagnon si proche, si quotidien, permet : le livre.

Fin juin 2006, au détour d’un article lu dans la presse, je découvris Lulu... Et cette perspective – à portée de main – d’allier le web avec le livre. Je vais donc l’arpenter quelques temps...


(1) Si quelqu’un pouvait me retrouver cette nouvelle – ses références – j’en serais ravi.