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Le petit lezard de Michel Kisinis

Elle avait accrochée deux fins bracelets noirs à mon petit lézard.
Je l'avais harponné de tout mon amour, avec mes plus doux égards.
Et mon chat la fuyait, bien méfiant, et cela jusqu'à son départ.

© Michel Kisinis
Aris, le chat de Michel Kisinis

Aujourd'hui,
J'ai reçu de belles roses de mon amie.
Quel cadeau magnifique et exquis !
Je pense à sa chair que j'ai meurtri
Et j'en jouis.

© Michel Kisinis

   Dimanche dernier, j'avais rendez-vous l'après-midi avec une amie pour une lecture de quelques-uns de mes poèmes. C'était devenu comme un rituel. Elle m'invitait de temps à autre pour lui lire ma poésie, tout en buvant du thé et m'offrait aussi une pâtisserie et un verre de liqueur anisé. Puis, nous nous faisons quelques câlins... Nous passions ainsi un très bon après-midi.
   Malheureusement, cet après-midi, j'attendis des heures sans que Anita ne daigne m'appeler comme convenu. Je finis par m'endormir... Lorsque je m'éveilla, l'après-midi s'était écoulé dans l'obscurité d'un sommeil sans rêves, sans poésies, ni câlins. J'étais déprimé. Je sortis alors boire un café, puis parti pour un rendez-vous important.
   A ce moment-là, mon téléphone portable ne cessa de sonner. C'était Anita qui appelait. Comme j'étais très irrité, je ne répondis pas et continua mon chemin. J'avais rendez-vous au Marché de la Poésie avec une femme de lettres, responsable d'une maison d'édition, et je ne voulais pas le rater ce rendez-vous. Ce n'est pas parce que l'on est poète que l'on ne doit pas être ponctuel, d'autant plus que, la veille, j'étais déjà aller au Marché pour voir la belle dame, mais elle était occupée et j'étais parti déçu. Le soir, elle m'avait écrit pour me proposer de revenir ce dimanche.
   Arrivé sur place, je me faufilais à travers toute une foule dense de poètes et de lecteurs. Au stand de sa maison d'édition, la dame était assise, occupée avec son portable. C'était une belle brune, avec de longs cheveux et une bouche sensuelle. Et un geste aussi trivial que celui de tenir dans sa main un téléphone cellulaire n'amoindrissait point son charme.
   Dès qu'elle eû terminée sa conversation téléphonique, je m'approchais pour la saluer. Sans lâcher une seconde son téléphone, la dame me rendit brièvement mon salut et... téléphona à nouveau. Cela devait être pathologique chez elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de téléphoner. Je n'avais même pas eu le temps de lui dire un autre mot que "bonjour". Elle m'ignora complètement.
   Je restais là pendant un instant, interdit. Puis, je me repris et je partis du stand pour aller acheter dans un autre stand deux disques de Marc Robine. Ce geste me permit d'oublier un peu la vexation et le dépit que j'avais ressenti avec cette dame. Et je rentrais chez moi le cœur lourd. C'était pas mon jour, ni celui de la poésie !
   La preuve en est faite : le portable nuit gravement à la poésie.

© Michel Kisinis

Mes paumes si sensibles se souviennent des courbes de ton corps offert à mes caresses.
Et mes doigts si câlins sont nostalgiques de la douceur du ventre de ma maîtresse.
Ma peau brûlante de passion garde de ta peau satinée un souvenir bouleversant.
Mes dents se serrent en pensant à leurs morsures dans ta chair qui en tremblait.
Mes oreilles résonnent encore de tes doux murmures et de tes vifs gémissements.
Mes yeux revoient ton visage éclairé par les vagues de plaisir que je te donnais,
Et l'éclat doré de tes yeux kaki quand tu me regardais avec tant d'amour,
Après tous ces jeux qui te menaient à l'extase avec ton si doux amant.

© Michel Kisinis

Ma chère Muse,
Le moindre de vos messages est un baume salvateur.
Mes baisers pourront-ils un jour entrouvrir votre coeur ?
Ils sont pourtant assez brûlants pour l'enflammer.
Mes vers ne percent-ils pas votre tendre carapace ?
Ils sont pourtant assez troublants pour l'entamer.
Vos sourires m'émeuvent et vos caresses me feront défaillir.
Vous hantez mes nuits et j'imagine vos mains me retenir.
Captif de votre volupté et de mes plus fous désirs,
Mes bras vous étreindront à n'en plus finir.

© Michel Kisinis

Ma douce enchanteresse,
Mes baisers tendres sur ton con offert à toutes mes fantaisies.
Tes cris bouleversent mon coeur,
Tes morsures excitent mon désir,
Tes griffures exacerbent mon envie,
Et ton amour me fait perdre l'esprit.

© Michel Kisinis

Dites-moi si vous avez de beaux dessous en dentelle
Pour vous rendre encore plus désirable et plus belle.
J'aimerais tant vous faire douce violence
Et jouir de votre si tendre présence.

Sous mes baisers enflammés, vos dentelles voleront en fumée.
De ma passion et de mon vis, votre corps sera à la merci.
Vos lèvres, je mordrais, et votre peau, je lécherais.
Vos douces mains liées par des rubans de soie exquis,
Lascive et provocante, vous m'offrirez
Votre corps si sensuel pour me combler.
Somptueuse maîtresse, tendre martyr,
Sans autre limite que notre plaisir,
Nous nous aimerons jusqu'à en être épuisé.

Ma douce amie, ma douce maîtresse,
Jamais je ne serai assouvi de ta tendresse.

© Michel Kisinis

Le désespoir étreint mon cœur d'une main d'érain.
Mes larmes coulent sur les pages d'un livre si inutile.
Mes pauvres vers s'écoulent de mes doigts si fragiles.
J'attends l'ultime moment où je serais enfin serein.

© Michel Kisinis

Comment trouver un bon miel
   Avec l'expérience plusieurs fois millénaire de mes ancêtres dans l'apiculture*, je suis très difficile dans mes achats de miel. Ceux que l'on trouve couramment dans le commerce sont insipides ou carrément ignobles, telles ces pâtes blanchâtres vendues en pots dans les grandes surfaces, alors qu'ils ne sont que des produits traités industriellement.
   D'abord, le miel doit être le produit artisanal de ruches placées dans des régions chaudes et dotées de végétation variée et fleurie, sans pollution industrielle. On préférera les plantes aromatiques méditerranéennes comme le thym, le romarin, la sauge, l'origan, le basilic, etc, qui donnent un miel plus fin à l'odorat et au goût. Par contre, le pin, l'eucalyptus et l'acacia donnent des goûts plus corsés. Le miel provenant de régions froides et très industrialisées est à proscrire complètement, non seulement pour des raisons gustatives, mais aussi afin d'éviter d'absorber des produits toxiques.
   En Europe, les régions les plus chaudes de Grèce, d'Espagne et d'Italie produisent d'excellents miels. L'un des meilleurs en Europe est celui de Kalymnos, en Grèce. Le plus chère au monde est celui du Yemen. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'y goûter.
   Beaucoup d'artisans et tous les industriels gonflent leur production en donnant trop de sucre à leurs abeilles. Cela donne une mixture plus proche de la confiserie que du miel. Le sucre doit être donné aux abeilles par l'apiculteur lors des périodes de froid, sans fleurs à butiner, pour ne pas épuiser complètement le miel qu'elles produisent. Si vous donnez du sirop à vos abeilles tout le long de l'année, et bien elles n'iront pas ou peu butinées dans les campagnes et produiront un miel sans intérêt. Autant croquer des morceaux de sucre, au moins on sait exactement ce que l'on mange.
   La palette de couleurs d'un bon miel est large. Plutôt brun, doré, jaune doré, selon les régions et les plantes butinées. La consistance est presque pâteuse, mais encore liquide, très épaisse. Le miel doit être presque translucide.

Contrôler la présence de sucre
   A l'achat, on ne peux pas voir si le miel est un concentré de sucre, à moins de voir les cristaux de sucre. J'ai déjà vu de tels miels dans des magasins. Alors vous devez tester le miel que vous avez acheté en plaçant le pot dans le réfrigérateur. Si le miel contient trop de sucre, il cristallisera sous l'effet du froid. Le bon miel artisanal supportera cette épreuve avec peu ou pas de cristallisation et restera plus ou moins liquide.

Deux recettes simples pour vous régaler
– prenez des amandes et plongez-les dans du miel. Et puis, mangez-les !
– mélangez bien du miel avec de la pâte d'amandes ou de noisettes (pâte brute, sans sucre) pour en faire une pâte bien homogène et dégustez.

   Une précaution à respecter pour conserver votre miel : pour vous servir, utilisez toujours une cuillère propre, sinon vous risquez de contaminer le miel avec des bactéries (votre bouche en est pleine), et il "tournera".

La sensualité du miel
   Lécher une cuillère de miel est un acte qui se révèle terriblement sensuel. Si le miel est naturel, épais, votre langue va bien insister dans le creux de la cuillère. La pression exercée et la chaleur de votre organe vont vous permettre de récupérer tout le miel qui y est resté coller. C'est un peu comme lorsqu'on léche le pubis bombé de la femme de son cœur, ses lèvres s'écartent doucement et, avec une langue de velours, on cueille amoureusement son miel, telle une abeille sur une fleur de jasmin à peine éclose, envoûtée par son parfum entêtant.

      Michel Kisinis

* C'est Ovide, dans ses "Métamorphoses", qui parle de Kalymnos, fertile en miel, alors que Dédale et Icare la survolent. Publius Ovidius (43 av. J.-C./17 ap. J.-C). "Les métamorphoses", Ovide, Ed. Gallimard, Folio, 1992.
Hérodote (482/425 av. J.-C.), dans son "Histoire", parle des bateaux de Kalymnos qui avaient été contraints et forcés de participer à la guerre de l'Empire Perse de Xerxès, contre les Grecs, aux côtés de la flotte phénicienne. Ce ne fut pas la seule fois que les Kalymnotes furent obligés de fournir marins et bateaux à des ennemis des Grecs. Alexandre fit de même bien plus tard (vers 334 av. J.-C.) pour aller attaquer les armées perses. "Histoires d'Hérodote", L.C. Colomb, Editions Hachette, 1882.

© Michel Kisinis

   Marie m'avait conseillée de lire "les petits oiseaux" d'Anaïs Nin. C'était vraiment très excitant comme lecture... Ma lectrice m'écrivit ensuite qu'elle voulait avoir un "thé à deux" pour pouvoir lire ce livre avec moi ! chez moi : chacun à notre tour, nous lirions une page, tout en buvant du thé à la menthe, entourés de volutes d'encens, de jasmin, de benjoin et de musc, avec en fond musical la voix de Georges Dalaras. Elle remonterait ses jupons rouges et violets, et mon chat Aris ronronnerait sous la caresse de ses doigts... Après une longue hésitation... d'une fraction de seconde, j'acceptais sa proposition.
   Quant elle vint enfin me voir avec son livre, quelques jours plus tard, je préparais fébrilement le thé et mis du benjoin, du musc et de l'ambre doré dans mon brûle-encens. Un nuage de fumée au parfum entêtant envahit le salon et je lui dis en souriant :
– Ah, petite friponne ! Maintenant, nous allons boire ce thé brûlant avec du miel grec, de la cannelle et de la muscade.
   J'y ajoutais aussi un peu de noix de tonka au goût exotique si vanillé. Ses sens allèrent alors être exacerbé par toutes ces épices, fin prête à la volupté.
   Marie était radieuse. Elle s'était installée confortablement sur le canapé et avait enlevé ses petits escarpins noirs. Elle me regardait préparer tout ce rituel avec un tendre sourire. Nous bûmes tranquillement notre thé tout en nous dévorant des yeux, n'osant pas encore nous toucher. Puis, elle commença à lire son livre et l'excitation s'amplifia très rapidement. Et je commençais à œuvrer sensuellement à ses côtés... tous deux enivrés par les effluves de l'encens et de l'amour. Je parfumais sa tendre nuque de santal blanc avant de la mordre amoureusement. Mais je la mis en garde de ne point laisser son émoi interrompre sa suggestive lecture, malgré toutes mes douces tortures, sous peine de gages de luxure.
   Relevant peu à peu ses légers jupons fleurant bon le jasmin, mes baisers l'enflammèrent. Et c'est elle qui ronronna sous la caresse de mes doigts pénétrant doucement son tendre sillon. Sa belle culotte de satin glissa lentement le long de ses cuisses, frémissantes sous de plaisantes morsures. Et son livre tomba à ses pieds, sur sa culotte mouillée.
   Nous bûmes dans une même coupe du vin de Samos, additionné de miel et de myrrhe. Et une divine ivresse nous emporta très loin.
   Marie me livra alors sans combat ses doux et chauds atours. J'y répandais de l'huile d'argan afin de la masser avec amour. Je les pinçais malicieusement, prenant grand plaisir à les voir gonfler et durcir entre mes mains joueuses, aidées de langoureux et humides suçons. Je dégustais goulûment ce mets de choix où s'étaient mélangés le goût de ses mamelons et celui des noisettes grillées de l'argan. Les yeux mi-clos, Marie gémissait doucement tout en se caressant gentiment la fente.
   Puis, je fis couler un long filet de miel chaud sur son ventre en feu, que je léchais avec avidité pour mieux le livrer à sa langue gourmande. Nos langues se lièrent ainsi avec passion, s'échangeant avec frénésie nos joies et nos saveurs.
   Son émoi la fit chanter une ode d'amour enflammé et, sur l'air mélancolique d'un rebetiko, l'agrippant par les hanches, je la retournais pour enfin la prendre avec encore plus d'ardeur. Ses gémissements accompagnèrent mes halètements et elle s'offrit plus encore à ma terrible étreinte. D'une main caressant son sein rond, et de l'autre son merveilleux bouton, je la pénétrais au plus profond. Ses cris se mêlèrent à mes râles, et nous jouîmes ensemble dans un fort mouvement, rythmé d'intenses spasmes qui nous laissèrent épuisés et heureux.
   Finalement, nous avions bien vite oublié son livre pour écrire le nôtre.

© Michel Kisinis

D'amour, j'avais si grand besoin,
Et du sien, elle me fit don entier.
Sa main guida la mienne avec soin,
Et l'extase la transfigura en fée,
Lui redonnant jeunesse et vitalité,
Sous le feu de mes tendres baisers
Et de nos mains unies dans la volupté.
Lovée tout contre moi, elle s'abandonnait
Avec de doux murmures, si passionnés.
Et de toutes mes forces, je l'aimai.

© Michel Kisinis

La pluie glacée trempe mon cœur brisé.
Eperdu, dérivant à travers les rues,
Des passants, mes larmes passent inaperçues.
Ne suis-je pas tout autant mouillé.

© Michel Kisinis

L'effronté poète rêve à ses rudes baisers incandescents
Et à sa terrible étreinte qui le laissera à demi conscient.
Triomphante, sa belle muse s'en réjouira bien cruellement.
Malheureux poète qui a d'amour tant besoin et si pressant.

© Michel Kisinis

   Ma chère et douce Flora,
   Je vais être franc avec vous. Vous avez besoin d'un bon régime !
   Oui, vous avez besoin d'un régime complet d'Amour !
   Il doit être composé des éléments suivants :
– de sentiments passionnés,
– de tendres baisers,
– de charmantes caresses,
– de doux regards,
– de petites morsures,
– d'affection sincère,
– de larmes de joie,
– de massages torrides,
– de mots câlins,
– d'extase sans fin,
– de chaleur intense,
– et, sans oublier, de poésie amoureuse.
   Ma prescription est sans limitation de durée, à prendre à doses massives. Ne pas hésiter à dépasser les limites convenues.
   La liste n'est pas exhaustive.
   Je peux vous délivrer l'intégralité de cette ordonnance quand vous le désirerez, à domicile.
   Cette thérapie n'induit aucun effet secondaire, si ce n'est l'Amour le plus total.
   Mon service amoureux est gracieux et sans frais, fonctionnant sur la base d'une réciprocité complète et entière.
   A votre service !
      Votre dévoué et tant épris,
      Michel Kisinis
      Diplômé de l'Ecole de Médecine douce d'Aphrodite

© Michel Kisinis

Je ravirais ton merveilleux giron,
Tes hanches par mes mains enchaînées.
Ton amour échancré par mes baisers
Cédera en une somptueuse explosion.

© Michel Kisinis

   Tôt ce matin, je me suis connecté à Facebook pour voir mes nouveaux messages. Je commençais à être harcelé par des spammeurs professionnels et des fans de l'avocat d'affaires. Je ne sais pas comment ces gens avaient pu croire un instant que je pouvais accepter leurs demandes d'amitié. Ils avaient sûrement visité mon site avec leur moniteur éteint ou bien avec un smartphone.
   Aujourd'hui, je n'avais aucune nouvelle proposition absurde. Mais une ligne ressortit dans la liste des infos : une nouvelle de "Friends for sale". Ce jeu dans Facebook permet à chacun d'acheter et de revendre virtuellement ses ami(e)s. Je trouvais ce jeu franchement immoral et ne l'utilisait que très peu... n'ayant pas pu m'en empêcher.
   Et là, je vis que Flora venait de m'acheter comme "pet", animal de compagnie. C'était la première fois que l'on m'achetait... Je n'aurai jamais imaginé l'effet que cela pouvait provoquer en moi. Je sentais sa main étreindre mon bras, ses boucles blondes me frôler, son parfum subtil et discret m'envahir. C'était comme si elle m'avait mordue tendrement dans le cou. Et j'en étais tout ému...
   J'aurai bien aimé l'acheter à mon tour, et d'ailleurs – franchement – j'y avais déjà pensé depuis un moment... mais le prix d'achat de Flora était prohibitif, et moi, dans ce petit jeu très pervers, je ne disposais que d'une somme complètement dérisoire... Quoi de plus normal pour un poète !!!
   Je me rabattais alors sur "La Vie Réelle"... A notre prochaine rencontre... bientôt... je lui rendrais peut-être sa petite morsure au centuple...

© Michel Kisinis

   A défaut de m'avoir donné son amour, Ilissa m'avait donnée une boîte de thé vert à l'anis. Cet après-midi, j'ai fini par l'ouvrir, le cœur emplit de tristesse. J'ai extrait un sachet et je l'ai plongé dans l'eau chaude. Je le regardais s'y enfoncer et j'imaginais que c'était elle que je tenais ainsi. L'eau chaude ne pouvait que réchauffer ses sens et son cœur.
   Alors que l'eau s'était teintée rapidement, j'ajoutais trois cuillères de miel grec pour la rendre moins amère, et une bonne pincée de cannelle pour la rendre plus douce, tout en étant épicée.
   Quand je bus enfin ce thé, une agréable chaleur envahit mon corps, puis mon esprit. Et je serrais si fort ce bol si chaud...

© Michel Kisinis

   Des fois, l'amour, c'est comme la Poste... Le colis est livré au mauvais destinataire. Le malheur est que vous vous êtes vous-même trompé de destinataire, la Poste n'y est pour rien...
   Alors que vous êtes obnubilé par une dame avenante qui vous lance des œillades langoureuses, vous ne voyez pas la femme discrète, silencieuse, qui se tient juste à côté, timidement, et qui va pleurer en cachette.
   Ce que vous voyez est factice, et ce que vous ne voyez pas est bouleversant...
   Et le meilleur remède à l'amour est l'amour.

© Michel Kisinis

   Sortant de ma tannière hier, je suis allé voir aux Gobelins une conférence sur les jeux en ligne. Sont intervenus des professionnels et des chercheurs exposant les dernières innovations techniques et les recherches en matière de jeux et de multimédia.
   Le dernier intervenant était un jeune publicitaire qui fit un panégyrique des productions de son entreprise spécialisée dans le jeu publicitaire en ligne en Flash. D'après lui, on n'avait jamais réalisé de tels jeux auparavant. Sa méconnaissance de l'existant en la matière était confondante. Cela fait plus d'une décennie que de tels jeux sont développés, en particulier avec Director, et cela bien avant que Macromedia ne sorte Flash. Ce publicitaire multimédia semblait l'ignorer complètement. Et pour conclure en beauté, il s'étonna qu'aucun artiste n'utilise le multimédia. Gros silence. C'était vraiment navrant d'écouter une telle connerie.
   A la cloture, Etienne Armand Amato rappela tout de même que cela faisait longtemps que des artistes œuvraient dans ce domaine.
   Pas de chance pour le publicitaire, il s'était assis juste derrière moi et je l'interpellais :
– C'est symptomatique que vous ignoriez le travail des artistes.
   Il était gêné, tout en reconnaissant le fait.
– Cela fait longtemps que des artistes, musiciens, plasticiens, utilisent le multimedia, l'interactivité et le web.
   Le publicitaire s'éclipsa discrètement.
   Son acolyte, plus hargneux, s'exclama :
– Mais quels artistes ?
– Ce n'est pas parce que vous ne les connaissez pas qu'ils n'existent pas.
– Mais ils sont où ces artistes ?
   Comme nous n'étions pas au Salon de l'Agriculture et que je ne suis pas avocat d'affaires, ni Président de la République, je ne lui ai pas répondu "Dans ton cul, pauvre con !", mais :
– C'est sûr que TF1 ne vend pas leurs œuvres.
– Mais vous faites une caricature là !
   Je le regardais droit dans les yeux et je lui dis d'un ton très peu aimable :
– Mais vous êtes une caricature !
   Stupéfait, la bouche bée, le type mis un temps pour comprendre vraiment, puis il s'exclama "Ah bon d'accord !" et pris la fuite à travers la salle sans demander son reste.
© Michel Kisinis

   Cet après-midi, j'ai assisté à un séminaire de l'OMNSH avec un exposé de Yann Leroux "Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien". L'exposé avait pour sujet l'avatar sur Internet et était organisé par l'Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines (OMNSH), à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, à Paris.
   J'en ai tiré un sentiment de déception causé par l'importance donnée à l'anecdotique dans l'exposé, oubliant quelque peu la composante humaine de l'avatar. Certains intervenants n'ont malheureusement pas vraiment eu la possibilité d'exprimer leurs idées à ce sujet.
   Et la place donnée dans l'exposé au phénomène "Anonymous" n'était pas très pertinente par rapport au sujet du séminaire. Et finalement, comparer "Anonymous" à "Akira" l'était encore moins, car cela revient à dire que "Anonymous" est un groupe de criminels sanguinaires... La bonne référence serait plutôt les cyberpunks et "Neuromancien" (de William Gibson). Quelle erreur dramatique !!!
© Michel Kisinis

   Je viens de lire "La vie nouvelle" d'Orhan Pamuk, écrivain turc, prix Nobel de littérature en 2006, publié chez Folio. C'est une histoire d'amour émouvante, pleine de tristesse, de mélancolie et de poésie.
   Voici deux citations qui m'ont marqué pour des raisons politiques :
– "Le fait que les qualités de cette arme aient été éprouvées depuis tant d'années par tant d'amateurs de la gâchette, militaires, veilleurs de nuit, policiers ou boulangers, sur les corps d'un grand nombre de rebelles, de voleurs, de séducteurs, d'hommes politiques ou de crève-la-faim, lui accordait à mes yeux un intérêt particulier".
– "Ceux qui remarquent avec surprise que, dans les pays musulmans, les rayons des bibliothèques sont remplis de livres où foisonnent les commentaires et les annotations manuscrits devraient, au lieu de s'en étonner, lancer un coup d'œil aux multitudes d'hommes brisés que l'on croise dans les rues".

   Orhan Pamuk a fuit la Turquie en 2007 après avoir été harcelé par le gouvernement et avoir reçu de nombreuses menaces de mort...

© Michel Kisinis

L'amour rend bête, dit-on. Moi, la passion me rend meilleur, elle m'apaise et exacerbe mon empathie.
   Alors que je commençais à lui caresser tendrement le bras, Ilissa ne réagit pas. Elle jouait à merveille son rôle de statue de marbre. Elle me parlait calmement, mais l'émotion submergeait ses sens, sa voix avait changée. La douce caresse de mes doigts sur sa peau fine continuait, et je sentais bien que mon geste la bouleversait, mais elle n'en laissait rien paraître, du moins le croyait-elle... J'aurais voulu la prendre dans mes bras, mais nous n'étions pas seuls à cette soirée. Mon amour marmoréen avait intelligemment organisé ce dîner de façon à ce que je ne puisse pas lui sauter dessus... De toute façon, je n'aurai jamais fait cela... Je le jure !!!
   Entourés d'amis, nous étions côte à côte, nous touchant très tendrement et très discrètement, comme des adolescents. Ma frustration était à son comble, et, malgré tout, ces petits gestes de tendresse me ravissaient. Nous nous regardions avec amour et son cœur devait battre aussi fort que le mien, alors qu'elle s'efforçait de conserver une attitude désinvolte, empreinte d'une grâce toute naturelle.
   Ilissa faisait systématiquement semblant de ne pas s'intéresser à moi, alors qu'elle n'avait de cesse de m'épier sur Facebook et de lire sur mon blog les poèmes enflammés que j'écrivais pour elle. Elle faisait comme si elle ne les avait pas lu... Alors, qu'en fait, mes vers avaient dû la transpercer de part en part, tel un destroyer atteint par un missile Exocet. La soute à munitions avait alors explosée, répandant un feu intense... Et ma magnifique Ilissa serrait des dents... presque impassible.
   A l'heure du départ, elle me demanda :
– Michel, pourquoi m'as-tu offert ce paquet de noisettes ? Elle était fort intriguée par mon curieux cadeau. En plus, il faut casser les coques pour les manger. C'est pas pratique !
– J'aimerai que tu me casses les noisettes, Ilissa.
   Elle éclata de rire, surprise de cette réponse inattendue.
– Ah bon, je ne te les casse pas assez ! s'exclama-t-elle, incrédule.
– Non, pas assez...
   Dans l'ascenseur, je la coinçais dans le fond de la cabine, appuyant mon corps contre le sien et je lui pris la main tendrement. Elle ne broncha pas. Je l'aurai bien prise dans l'ascenseur, comme une bête, mais il y avait toujours ce foutu ami avec nous. Alors, nous nous quittâmes tristement dans la nuit, une nuit glaciale où, après, des rêves intenses me tourmentèrent sans fin. Des rêves où une statue sensuelle et chaude venait abuser de moi...
© Michel Kisinis

J'effleure son genou discrètement.
Mon cœur bat la chamade, je défaille.
Mais elle ne réagit point, et aucun gardien de musée n'intervient,
Et aucune sonnerie d'alarme déclenchée par mon rythme cardiaque.
Ma muse reste de marbre, les yeux dans le lointain.
Et moi, je pleure de mon adoration idiote pour une belle statue de marbre.
Peut-être faudrait-il un grand four à micro-onde pour la réchauffer suffisamment.
Peut-être faudrait-il aussi des balles perforantes pour atteindre son cœur.
Peut-être quelques larmes seulement suffiraient à fendre cette dure carapace ?
Une envie folle de la mordre tendrement m'étreint et me submerge.
C'est sûr, je vais m'y casser quelques dents...

© Michel Kisinis

   J'entrais dans la librairie à côté de chez moi. Mes livres devaient être bien arrivés. Du fond de sa boutique, la libraire se précipita en me voyant. Elle se dandinait gracieusement dans son beau tailleur bleu et pris son air le plus amical, un peu trop mielleux à mon goût. J'aimais le dessin de ses lèvres. C'était une des choses qui me motivaient le plus pour entrer dans cette librairie, après les livres bien sûr !
- Ah, Monsieur Kisinis. Comment allez-vous ? Vous désirez commander quelque chose aujourd'hui ?, fit-elle en me lançant un doux regard, avec son fard bleuté et ses longs cils.
- Non, je viens chercher ma dernière commande.
- Ah, oui, je me rappelle maintenant. Elle perdit brusquement son air charmeur et feuilleta nerveusement son carnet de commandes.
- Je suis désolée. Monsieur Kisinis. Je n'ai pas encore vos livres. J'ai dû mal à les obtenir, fit-elle en prenant un air sincèrement désolé.
   Je tendis alors mon index vers la première rangée de livres qui s'offrait au regard des clients quand ils entraient dans le magasin. Il y avait là une bonne demi-douzaine de livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires.
- Toute cette pornographie est sûrement plus facile à trouver ! Je repasserais dans quelques jours. Au revoir ! Je sortis très énervé, laissant la libraire sans voix, livide.

   Quand je revins à la librairie au bout de quelques jours, je retrouvais ma libraire préférée. Je lui parlais très gentiment, et puis mes livres étaient enfin arrivés. J'attendais Salammbô depuis trop longtemps. C'était parfait ! Et la libraire n'avait pas l'air de me faire la gueule. Je lui achetais en plus un recueil de poésies de Pessoa.
   Payant mes achats à la caisse, je m'aperçus subrepticement que tous les livres sur la vie privée de l'avocat d'affaires avaient disparu du principal rayon. Je n'ai rien dit, mais je fis alors un grand sourire à ma libraire préférée qui me le rendit avec une telle grâce que j'eus une furieuse envie de lui rouler un patin d'enfer.
   Je sortis de la librairie avec un air triomphant. Je venais de gagner une bataille contre l'avocat d'affaires.
© Michel Kisinis

Mes songes vont à une princesse bédouine.
J'aimerais être le vampire de ses rêves.
Mes baisers couvrent sa douce poitrine.
Je mords son cou fiévreusement
Et l'étreins follement sans trêves.
Mais je m'éveille alors tremblant,
Seul, et le souvenir de cette mutine
Hante mes journées sans agréments.
Cette nuit, j'allumerais mon brûle-encens.
Et attirée par les senteurs d'Orient,
Viendra ma belle princesse bédouine,
Enivrée des vapeurs de musc et d'ambre.
Ma dulcinée se pâmera dans ma chambre
Et succombera à la myrrhe de son amant.

© Michel Kisinis


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