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La recherche médicale a permis une augmentation considérable de notre espérance de vie au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Mais doit-on soigner coûte que coûte ? L’amélioration des moyens à la disposition des médecins n’incite-t-elle pas à oublier l’individu et sa qualité de vie ? Le coût pour la société est-il toujours justifié ?
La recherche apporte des solutions pour mieux vivre la fin de vie, mais la notion de qualité de vie estelle toujours bien prise en compte ? Sarah Dauchy : L’évaluation de la qualité de vie est aujourd’hui systématique dans les études. Mais cette notion se heurte à des difficultés de mesure : ce qui est important aux yeux des patients est éminemment variable d’un individu à l’autre. Et l’utilisation d’échelles de qualité de vie plus individualisées, permettant au patient de « personnaliser » son évaluation, ne répond que difficilement aux exigences scientifiques d’évaluation des groupes de patients. Jean-Yves Genot : Si l’effet secondaire d’un traitement est d’altérer la sensibilité du bout des doigts, c’est une altération mineure pour la plupart des gens, mais une atteinte catastrophique pour un violoniste. Et l’évolution connue par la cancérologie ces dernières années conduit à négliger cet aspect individuel de l’évaluation de la qualité de vie. D’une prise en charge non concertée, nous sommes passés à une standardisation des protocoles. Celle-ci était indispensable, mais en retour, on peut se poser la question de savoir si on n’en oublie pas un peu l’individu… Martine Bungener : Le respect de la qualité de vie demande d’établir des temps d’écoute et d’information à des moments clés de la prise en charge, qu’il reste à définir. Mais malades et soignants ont des positions irréductiblement différentes, et une démarche consensuelle de soins est difficile à construire. En pratique, le médecin qui propose un traitement doit, au travers de l’information qu’il fournit, donner confiance et espoir. Il ne peut laisser beaucoup de place aux doutes. Aussi, comment et quand inverser le discours et la démarche lorsque s’annonce la fin de vie : c’est un des enjeux du maintien de la qualité de vie jusqu’au bout. La mise en place de traitements lourds pour les personnes très âgées est-elle justifiée si l’on considère le coût en regard des bénéfices attendus ? Jean-Yves Genot : Contrairement à d’autres pays, la France ne limite pas l’accès au traitement en fonction de l’âge, et nous pouvons encore proposer des options thérapeutiques aux plus âgés. Il serait illusoire de vouloir réduire le traitement des plus âgés uniquement sur ce critère, d’autant plus que le vieillissement de la population est inexorable et que beau- coup de maladies, telles que le cancer par exemple, concernent majoritairement les plus de 60 ans. Dans un tel environnement, la recherche se doit d’offrir des solutions adaptées aux soins de cette catégorie de population. Martine Bungener : Sur le plan individuel, la multiplication d’actes sophistiqués et souvent largement inutiles chez les sujets âgés s’est réduite avec la prise en compte des questions adjacentes de qualité de vie et avec la recherche de ce que devrait être un traitement « raisonnable » compte tenu de l’âge et de l’état de la personne. Pour autant, mettre en oeuvre des traitements lourds et coûteux dans le cadre d’un protocole de recherche permet aussi, à titre statistique, de faire évoluer les connaissances et d’améliorer les traitements pour la collectivité. La question du coût ne peut pas être sortie du contexte de l’objectif poursuivi. Sarah Dauchy : Derrière la notion médico-économique se profile celle du prix que la société accorde à la vie du patient. On ne peut se limiter à ce critère. En revanche, la prise en compte des valeurs du patient pourrait moduler l’analyse et orienter la décision : car si certains veulent un nouvel espoir, d’autres ne sont pas prêts à prolonger leur vie au prix d’une qualité de vie qu’ils jugent inacceptable. Les questions médico-économiques ne doivent pas balayer les questions, non résolues, autour de l’intégration des attentes du patient. La multiplication des outils mis à la disposition des médecins grâce à la recherche ne se fait-elle pas au détriment de l’écoute et de l’échange avec le patient ? Martine Bungener : En recherche clinique, le médecin est aussi un chercheur. À ce titre, il doit sortir de l’empathie pour travailler, mais y replonger au contact du malade. Cette double casquette, de chercheur et de technicien, est parfois difficile à porter pour le médecin, mais facilitée par le travail en équipe. Cependant, il est vrai que la recherche médicale a apporté beaucoup d’avancées, mais aussi beaucoup d’espoirs déçus, à l’origine d’une méfiance du grand public et d’inégalités d’accès aux innovations. Je pense que la place des sciences sociales dans le processus de recherche médicale doit être élargie pour réfléchir à ces nouvelles problématiques. Jean-Yves Genot : Il est presque logique que la complexité d’un traitement focalise le médecin au détriment de son patient. Mais, en pratique, le lien me semble loin d’être rompu : car, si le médecin est tenté de se cacher derrière la technologie, il fait face en retour à une demande exponentielle d’informations, d’explications, de justifications de la part des patients. Cette évolution des rapports demande d’ailleurs à ce que la formation des médecins à la communication soit améliorée, que ce soit au niveau de leurs études initiales ou durant leur vie professionnelle. Sarah Dauchy: Il faut préciser ce qu’on entend par écoute. Dans le cadre d’une recherche clinique, face à la technicité et au manque de temps croissants, même si c’est regrettable, je ne suis pas sûre que les chercheurs soient toujours les plus à même d’assurer au patient toute l’écoute nécessaire. Cette fonction de soutien peut probablement être confiée à d’autres relais, à commencer par l’entourage du malade. Mais en matière de recherche, l’écoute capitale n’est pas seulement de l’empathie, mais de la reconnaissance : reconnaissance de la globalité de la personne malade, c’està- dire de l’impact physique et psychologique du traitement et des valeurs propres du patient. Les protocoles doivent évoluer pour pouvoir intégrer ces notions. Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans le n°108 de Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... Face à un risque potentiel de maladie génétique grave, certaines personnes souhaitent savoir si elles sont porteuses du gène, même si aucun traitement n’existe. Quelle est leur motivation ? Et quel est le rôle des professionnels de santé dans cette démarche ? Médecin, psychologue et patient répondent.
Pourquoi chercher à savoir à l’avance si l’on est porteur d’une anomalie génétique entraînant une maladie que l’on ne sait pas soigner ? Alexandra Durr : Ces tests génétiques, que nous appelons tests présymptomatiques, puisqu’ils sont réalisés chez des personnes non malades, sont demandés par des personnes dont un ou plusieurs parents sont atteints d’une maladie génétique grave. Ils sont familiers de la maladie et se demandent depuis des années s’ils vont, eux aussi, être malades. Ils ont en quelque sorte construit leur vie autour de la maladie. Mais, à un moment précis, ils souhaitent savoir : il y a parfois un événement déclenchant, comme un mariage, un désir de grossesse… Marcela Gargiulo : Effectivement, durant toutes ces années, ces personnes ont vécu avec le doute. Un jour, le doute devient insupportable pour elles, et le fait de se savoir porteur de la maladie paraît devenir préférable à l’incertitude : elles sont, en quelque sorte, malades du doute. En revanche, toutes n’ont pas notion de l’impact important que peut avoir le résultat du test, quelle qu’en soit l’issue. Aussi, nous travaillons en amont durant un ou plusieurs entretiens, afin qu’elles soient sûres de leur décision et des conséquences du résultat dans leur vie future. Ce travail d’anticipation est primordial et conduit un nombre non négligeable de consultants à abandonner la démarche. M. C. : De par mon passé familial, j’ai toujours su que j’avais un risque d’être touchée par la même maladie que ma mère et ma grand-mère, avant même que le terme de maladie génétique soit médiatisé. C’était un doute, un questionnement très prégnant qui devenait lourd à porter. Le cheminement a été long, mais à 36 ans j’ai décidé de sortir de ce statut de malade potentielle. Un âge voisin de celui auquel ma mère est décédée. Comment se passe le choix de faire ou non le test au sein d’une même fratrie, par exemple ? Alexandra Durr : Certains arrivent dans notre service en étant persuadés que leurs frères et soeurs ne souhaitent pas faire le test, alors que ces per- sonnes l’ont en réalité déjà fait. D’autres sont furieux d’apprendre que leur frère, leur soeur, a déjà fait la démarche sans leur en parler. Marcela Gargiulo : Même si le risque est familial, le choix reste extrêmement individuel et intime. Les cas de consultations groupées sont rares, et la demande émane plutôt d’un souhait personnel, souvent non partagé avec le reste de la fratrie. M. C. : Dans mon cas, la question ne s’est pas posée, car j’étais seule dans la fratrie. Pour autant, je n’ai partagé ni avec mon père ni avec d’autres membres de ma famille mes recherches, puis ma décision. D’abord parce que le dialogue n’est pas culturel chez nous. Mais surtout parce qu’on ne parlait pas de la maladie, c’était un sujet tabou. Ce poids s’est progressivement révélé un enfermement familial, car tous, sans le formuler, me considéraient comme une future malade. En revanche, une fois le test passé et le résultat connu, j’ai pu en parler plus librement ; et le dialogue a pu s’instaurer avec certains proches qui avaient souffert de ces non-dits, ce qui a ouvert la porte à des relations beaucoup plus profondes. Quel rôle le médecin et le psychologue jouent-ils dans la décision de faire le test ? Alexandra Durr : En tant que médecin, mon rôle est d’informer et d’accompagner, mais absolument pas de conseiller la réalisation ou non du test. L’information tout d’abord est essentielle : elle permet de rectifier le tir par rapport à ce que ces personnes ont pu lire dans la presse ou sur Internet. Nous leur expliquons bien que le test ne permet que de déterminer si elles peuvent potentiellement développer la maladie. Nous ne pouvons en aucun cas déterminer le délai d’apparition, la gravité de l’atteinte ou son évolution. Ce sont aussi des maladies pour lesquelles nous ne disposons d’aucun traitement. Nous sommes ensuite là pour nous assurer de la motivation de ceux qui veulent procéder au test et pour les préparer aux conséquences de l’annonce et, finale- ment, pour accompagner l’individu jusqu’à l’apparition de la maladie, et même au-delà. Marcela Gargiulo : L’accompagnement psychologique est essentiel en amont, afin d’aider la personne à anticiper l’impact du résultat sur le plan individuel, familial et social. Car même un test négatif peut être difficile à vivre pour une personne qui s’est toujours supposée porteuse de la maladie, d’autant plus si elle est la seule personne de la famille à ne pas être touchée : elle peut culpabiliser ou avoir le sentiment de ne pas appartenir à la fratrie, comme si le test validait le lien du sang. M. C. : Effectivement, dans mon cas, la vie n’a pas été simple après avoir su que je n’étais pas porteuse de la maladie. Il m’a fallu près de trois ans pour réorganiser ma vie, jusqu’ici bâtie autour de la maladie, dans cette nouvelle perspective, et redécouvrir qui j’étais et ce que je cherchais, notamment dans ma vie affective qui avait été complètement influencée par le spectre de l’affection. Tout le long du parcours précédant le test, le rôle de l’équipe médicale a été très important. Non pas que leurs éclaircissements aient influencé ma décision, car j’étais fortement convaincue en arrivant à la première consultation. Mais ils m’ont fait réfléchir à des aspects très pratiques, auxquels je n’avais pas forcément pensé, comme la façon dont j’allais vivre les jours précédant le test et ceux précédant l’annonce. Et ils ont été les premières personnes à m’écouter de façon aussi ouverte et compréhensive. Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans le n°109 de Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... ![]() Malades ou en bonne santé, les personnes qui participent à des essais cliniques prennent-elles vraiment des risques ? En France, quel est le cadre qui garantit leur sécurité tout en évaluant avec rigueur l’efficacité de nouveaux traitements ? Réponses de spécialistes. En quoi consiste un essai clinique ? > Chantal Belorgey : Il concerne toute investigation menée chez l’Homme ayant pour objectif d’améliorer les connaissances et le traitement des maladies. Les essais cliniques de médicaments sont un sous-ensemble des recherches biomédicales ; ils ont généralement pour but d’évaluer l’efficacité et la tolérance des médicaments. Souvent, il s’agit d’essais comparatifs : un groupe de personnes reçoit un nouveau médicament, un autre groupe le traitement de référence ou un placebo, c’est-à-dire un produit dépourvu de toute activité pharmacologique. Néanmoins, il peut avoir certains effets simplement provoqués par sa prise. Ces essais sont dits en double aveugle lorsque, individuellement, ni le patient ni le médecin ne savent qui prend le placebo et qui prend le nouveau médicament. Mais dans l’organisation de l’essai, patients et médecins ont connaissance de ce qui est testé. > Philippe Ménasché : Un essai clinique est une étude qui a pour but d’évaluer un nouveau médicament mais aussi un nouveau dispositif médical (par exemple, une valve cardiaque artificielle). On distingue plusieurs types d’essais cliniques. Les essais de phase I, menés sur un petit nombre de patients ou sur des volontaires sains, ont pour but d’évaluer la tolérance. Les essais de phase II étudient l’efficacité. C’est là que les personnes sont randomisées, c’est-à-dire tirées au sort, pour recevoir le nouveau traitement ou le placebo. Enfin, les études de phase III et IV, également appelées études pivots, sont menées sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de personnes en vue d’une mise sur le marché et d’un éventuel remboursement par la Sécurité sociale. > Claude Huriet : Les essais cliniques répondent à des exigences éthiques et réglementaires. Ils ne s’improvisent pas. Ils sont réalisés par une équipe comportant un promoteur, celui qui est à l’initiative de la recherche, et des investigateurs qui, eux, réalisent l’essai. Par ailleurs, dès que le progrès du dispositif ou du médicament innovant est évident, il faut arrêter le placebo. Enfin, dans les cas de maladies graves et contre lesquelles on ne dispose que de traitements peu efficaces (comme le sida à une époque ou certains cancers encore aujourd’hui), on compare l’effet du traitement testé à celui des traitements existants et non à un placebo. Ainsi, tous les patients sont traités.Comment sont encadrés ces essais ? > Claude Huriet : La loi de décembre 1988 a vraiment marqué un tournant : la recherche et les chercheurs y ont gagné en transparence. Son premier objet fut de rendre obligatoire le recueil du consentement éclairé. Maintenant, les participants à des essais cliniques doivent être informés et ils doivent donner leur accord écrit. > Philippe Ménasché : À l’hôpital, les patients sont sollicités par l’investigateur. Les critères d’inclusion à un essai clinique sont très précis. À partir du moment où l’on prend son temps pour expliquer le rationnel, c’est-à-dire l’objet de l’essai, où l’on fournit un document validé par un comité d’éthique et quand on laisse le temps de la réflexion, les refus sont rares. > Chantal Belorgey : Avant qu’il ne débute, le protocole d’un essai est évalué par une instance indépendante, le Comité de protection des personnes (CPP) et l’autorité compétente. Deux autorités sont compétentes pour contrôler les essais. L’Afssaps (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ancienne Agence du médicament, ndlr) est en charge des essais sur les médicaments, les dispositifs médicaux, les thérapies géniques et cellulaires, mais aussi les cosmétiques. La Direction générale de la santé (DGS) contrôle les essais qui ne portent pas sur des produits, comme le fait de comparer deux techniques chirurgicales. Pendant l’expérimentation, tout effet indésirable est déclaré au CPP et à l’autorité compétente ; celle-ci peut à tout moment faire modifier ou stopper l’essai. En fin de recherche, les résultats sont envoyés à l’autorité compétente et au CPP.Y a-t-il des risques malgré tout ? Et quels sont les bénéfices pour les participants ? > Chantal Belorgey : Pour les personnes malades, les avantages sont de pouvoir accéder à un nouveau traitement, d’être tout particulièrement suivies et surveillées médicalement. Mais aussi l’altruisme, savoir que l’on participe à l’amélioration des traitements pour les générations à venir. Pour les volontaires sains, les essais ne comportent pas de bénéfice individuel direct. Soit ils le font pour faire avancer la science, soit parce qu’ils sont indemnisés. Seule la France applique le principe d’un plafond d’indemnisation annuel pour éviter la professionnalisation des volontaires sains. Le rapport bénéfices/risques est évalué par l’autorité compétente et le CPP. Mais il existe toujours un risque inconnu, imprévisible, comme dans tout traitement. > Claude Huriet : À l’Institut Curie, où nous développons des programmes de recherche, nous constatons que chez les personnes atteintes d’un cancer, leur participation à la recherche est une démarche évidente. Elle est perçue par les malades comme une nouvelle chance. Les essais cliniques contribuent au progrès et permettent de mieux appréhender les bénéfices d’un nouveau traitement, mais également ses risques. > Philippe Ménasché : Il n’y a jamais de rémunération des participants, sauf pour les volontaires sains. Concernant les risques et les avantages, c’est une question qui est discutée entre l’investigateur et le patient. De plus, les essais sont parfois croisés. Si le nouveau médicament se révèle actif, les patients qui faisaient partie du groupe placebo recevront ce médicament dans un second temps. ■La réglementation se renforce > 1947 : la déclaration de Nuremberg reconnaît la nécessité d’une exigence d’éthique dans les recherches cliniques chez l’Homme. > 1988 : la loi Huriet encadre toutes les recherches biomédicales et rend obligatoire le consentement éclairé. > Août 2006 : un nouveau dispositif transpose en droit français une directive européenne de 2001 concernant les essais de médicaments. Le plafond d’indemnisation des volontaires sains, un acquis de la loi Huriet, est revu à la hausse et un registre officiel des participants aux essais cliniques est rendu obligatoire. [Crédits photos : Isabelle Vincenti, Noak/Le bar floréal/Institut Curie, Bertrand Guay/AFP] Pour plus d’informations > clinicaltrials-dev.ifpma.org > rechercheclinique.com > volterys.org > orpha.net Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans le n°108 de Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... ![]() Pour rester compétitive, la recherche médicale doit-elle uniquement compter sur l’État et les structures publiques, ou s’appuyer également sur l’industrie pharmaceutique et le travail des fondations et des associations ? Des représentants de ces trois acteurs incontournables ouvrent le débat. La recherche est-elle une mission de service public ? Où s’arrête la responsabilité de l’État en la matière ? > Catherine Lassale : Très clairement, la recherche fondamentale relève de la responsabilité de l’État. La recherche appliquée, quant à elle, s’inscrit dans une coresponsabilité public-privé. Nous aimerions d’ailleurs que l’État s’investisse plus et différemment, et que davantage de moyens soient donnés aux projets, comme c’est le cas dans les pays anglo-saxons et aux États-Unis. C’est pourquoi nous avons salué la création de l’ANR, l’Agence nationale de la recherche. > Pierre Joly : Le problème de la recherche concerne la vie scientifique et économique de la France, et celle-ci n’est pas uniquement représentée par l’État. Il appartient aussi aux entreprises et aux particuliers. Bien évidemment, toute une partie de la recherche fondamentale relève a priori de services publics : Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), CNRS (Centre national de la recherche scientifique), hôpitaux et universités. Mais, dans le monde entier, l’industrie pharmaceutique est à l’origine de l’essentiel de la recherche clinique (thérapeutique). Même si, en fait, il n’existe pas de frontière bien nette entre recherche fondamentale et clinique. Laboratoires publics et entreprises du médicament doivent travailler ensemble, mais ne peuvent à eux seuls supporter des coûts de plus en plus élevés. > Christian Bréchot : La recherche est une mission majeure de service public. L’avenir du pays passe par un investissement en recherche et développement dans les vingt prochaines années. Deux questions se posent. Tout d’abord, celle de l’effort global. Dans un État massivement endetté, la recherche est un domaine qui a échappé à un certain nombre de coupes budgétaires. En 2006, on ne peut nier qu’un vrai effort a été fait en faveur de la recherche. La seconde question est celle de la répartition des efforts. La question de l’implication majeure du domaine des sciences de la vie et de la santé est fondamentale pour l’essor de l’industrie pharmaceutique, des compagnies de biotechnologie et globalement pour l’essor économique du pays.Les partenariats public-privé doivent-ils être développés, et de quelle manière ? > Pierre Joly : L’Europe s’est fixé comme objectif de consacrer 3 % de son produit intérieur brut à la recherche. L’État ne peut pas tout faire tout seul, les industriels et les particuliers non plus . Les trois doivent s’allier. > Christian Bréchot : Il est important de mettre en place des mécanismes qui permettent de transférer des découvertes faites dans des laboratoires publics de manière beaucoup plus efficace vers l’industrie privée, afin de les valoriser et d’en faire de nouveaux outils de diagnostic et de traitement. Pour développer ces partenariats, trois types de mécanismes commencent à se mettre en place : les pôles de compétitivité qui concentrent industriels, universités et organismes de recherche sur un même lieu ; les programmes qui visent à identifier de manière beaucoup plus précoce les découvertes faites au sein d’organismes de recherche et d’équipes universitaires ; enfin, les modalités de recrutement et d’évaluation de carrière. Le fait de passer du temps dans le secteur privé doit être valorisé dans le parcours d’un chercheur du public. Cette question se pose d’autant plus que 30 % des chercheurs et des ingénieurs techniciens de l’Inserm vont partir à la retraite d’ici à 2012. > Catherine Lassale : Pour accroître l’essor des partenariats, nous croyons beaucoup aux pôles de compétitivité, aux appels à projets que l’ANR met en place et aux projets européens. Nous réfléchissons également à des plates-formes ouvertes à tous les industriels pour mettre en commun des techniques servant à développer des médicaments. Il y a donc réellement de nombreuses possibilités de partenariats à promouvoir. Ils sont absolument nécessaires au développement de la recherche sur le médicament.En quoi l’intervention d’associations ou fondations… est-elle nécessaire ? > Christian Bréchot : Les associations et fondations jouent un rôle majeur à deux niveaux. Premièrement, elles sont un reflet de la société et apportent un éclairage sur ses besoins en termes de visibilité sur le fonctionnement de la recherche. Deuxièmement, d’un point de vue financier, des structures comme la Fondation pour la Recherche Médicale permettent de réagir beaucoup plus rapidement que les organismes de recherche sur certaines thématiques. > Catherine Lassale : Pour nous, les associations et fondations sont également les mieux placées pour favoriser un partenariat entre le public et le privé dans lequel chacun puisse trouver son compte. > Pierre Joly : Les associations et les fondations sont des interfaces qui connaissent bien le domaine de la recherche. Elles apportent aux donateurs une compétence qu’ils n’ont pas en identifiant les besoins, et confèrent aux scientifiques une reconnaissance sociale. Grâce à elles, une troisième voie de financement de la recherche existe, représentée par le public, le citoyen, qui constitue la Nation. Son implication reste encore trop modeste, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’enveloppe propre aux dons des particuliers n’est pas extensible à l’infini. Il faut une information civique qui explique de façon rationnelle les enjeux et qui ne fait pas seulement appel à une générosité basée sur les émotions. Ensuite, la recherche médicale ne bénéficie pas d’avantages fiscaux comme elle le devrait… Sur ces deux aspects, les fondations ont un rôle essentiel à jouer. ■Les fondations en Europe : l’exemple de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne Ces trois modèles illustrent bien la diversité européenne en la matière. La France ne compte que 75 fondations dédiées à l’enseignement supérieur et à la recherche, du fait d’une préférence historique pour les solutions d’État, et celles-ci sont très peu engagées en médecine (4 % de leurs interventions). L’Allemagne, où l’État intervient peu, dispose de 729 fondations, notamment en sciences humaines (26,3 %) et exactes (28 %). Quant aux fondations britanniques, elles sont au nombre de 264 ; elles cohabitent aisément avec l’État et soutiennent tout autant la médecine que les autres disciplines. [Source : Les deniers privés du bien public, mémoire de DEA-IEP de Paris, 2001, par Sandrine Audegond-Leroy.] ![]() Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans le n°107 de Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... ![]() Certains « aliments-santé » sont sous le feu de l’actualité du fait de partenariats signés ou en discussion entre des assurances complémentaires et des industriels de l’agroalimentaire. Mais ces aliments sont-ils vraiment efficaces ? Leur remboursement se justifie-t-il ? Échanges de points de vue. Les « aliments-santé », ou « alicaments », ont-ils de réelles propriétés thérapeutiques ? > Jacques Bonnet : De manière générale, la nutrition intervient en termes de santé. Et il est exact que certains aliments ont des propriétés thérapeutiques. Plusieurs études ont, par exemple, démontré l’efficacité des acides gras oméga-3 présents dans des huiles ou des poissons gras pour prévenir les maladies cardiovasculaires. On étudie également les éventuels effets bénéfiques pour le système cardiovasculaire des flavonoïdes, des substances naturellement présentes dans le vin. On discute aussi actuellement des propriétés des aliments enrichis en phytostérols et phytostanols [1]. Des études en double aveugle [2] ont démontré qu’à une certaine dose, ils réduisent de 10 à 15 % le taux de LDL-cholestérol, le mauvais cholestérol, dans le sang. Mais même si l’on s’y attend, ils n’ont pas encore démontré qu’ils réduisaient la mortalité. Ces substances ont également un petit inconvénient : elles sont légèrement absorbées au niveau de l’intestin. Il est donc possible qu’elles entraînent des effets secondaires à long terme que nous ne connaissons pas aujourd’hui. > Bruno Toussaint : Il ne suffit pas d’agir sur un paramètre, il faut vérifier que sur le long terme ces substances améliorent la santé des gens. On a des exemples, notamment dans le domaine cardiovasculaire, de médicaments dont l’action était en apparence favorable, mais qui sur le long cours présentaient davantage d’effets indésirables que thérapeutiques. Dans notre dossier (revue Prescrire [3], novembre 2005), il apparaît que les aliments enrichis en phytostérols et phytostanols n’ont pas été évalués en termes de morbidité, c’est-à-dire de survenue de maladies et de mortalité. Quand on ne sait pas bien ce qui se passe, on peut décider d’être prudent, ou bien faire le pari d’essayer, mais dans ce cas c’est le patient qui risque d’y perdre... > Didier Bourdonnais : À ce jour, plus de 600 études ont été menées sur les stérols dans le monde, dont une quarantaine en France. Elles ont contribué à l’agrément donné par l’Afssa, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, et par la norme européenne en la matière, Novel food. Ces produits dits « aliments fonctionnels » n’existeraient pas s’il n’y avait pas ces contrôles. Aujourd’hui, les Français consomment beaucoup de médicaments pour traiter leur excès de cholestérol. Si on peut éviter un peu de soins thérapeutiques, tout le monde ne s’en portera que mieux.Doit-on rembourser ces alicaments ? > Didier Bourdonnais : Une précision tout d’abord : nous, nous ne remboursons pas des « alicaments », mais Maaf Assurances accorde une réduction sur une cotisation santé si l’on consomme des aliments fonctionnels. Il s’agit de margarines, pâtes à tartiner, laits et yaourts qui contiennent une certaine concentration de phytostérols. Grâce à ces stérols, ces produits aident à lutter contre l’hypercholestérolémie, même s’ils ne peuvent se substituer à un bon régime alimentaire ou à une hygiène de vie. Pour nous, l’opération est la suivante : dans le cadre d’un partenariat avec Unilever qui propose une gamme complète de produits y compris pour la cuisson, Maaf Assurances accorde une réduction sur la cotisation de l’année suivante à ses assurés qui les achètent. D’ordinaire, nous ne savons pas ce que nous remboursons. Nous sommes des payeurs aveugles, et c’est très bien comme ça. Mais c’est aussi la fonction d’un assureur que d’avoir un rôle de prévention. > Bruno Toussaint : À Prescrire, nous estimons qu’il n’est pas prudent d’encourager la consommation des aliments enrichis en phytostérols et phytostanols, d’autant plus que nous bénéficions déjà de médicaments qui ont prouvé qu’ils faisaient baisser le cholestérol tout en réduisant le risque d’infarctus et la mortalité. > Jacques Bonnet : La discussion sur le remboursement de ces aliments présente un avantage : elle frappe les gens. Il est important que la population prenne conscience qu’agir sur l’alimentation est une bonne chose. Pour avoir une efficacité chez le sujet malade, il faut sûrement beaucoup faire baisser le taux de cholestérol. Mais si vous baissez un tout petit peu le cholestérol dans la population générale, vous obtenez un effet important. Je trouve intéressant que les mutuelles disent « On est prêt à vous rembourser ces produits, mais il faut prouver leur efficacité par des études. » Le message n’est pas tout noir ni tout blanc. En revanche, il ne faut pas que les gens pensent que prendre ce type de margarine les dispense de doser leur cholestérol ou de consulter leur médecin.L’industrie alimentaire doit-elle devenir un acteur de la santé publique ? > Didier Bourdonnais : Unilever est une entreprise de droit privé dont la problématique du moment est de faire baisser le cholestérol, le sucre, le sel, les graisses dans les aliments… Cela participe d’une vraie logique de santé et s’accorde avec notre démarche de prévention. > Bruno Toussaint : Les entreprises de l’agroalimentaire doivent garantir la qualité des aliments qu’ils vendent. Nous devons être assurés que nous achetons bien ce qui est indiqué sur l’étiquette des produits. Mais ces industriels ne doivent pas prétendre soigner ni même financer la recherche. Ce n’est pas leur rôle. On se retrouve dans une situation de conflits d’intérêts où l’industrie alimentaire est à la fois juge et partie. [1] Phytostérols, phytostanols : substances d’origine végétale, proches du cholestérol par leur structure, naturellement présentes, en faible quantité, dans les huiles de colza, de maïs, de tournesol et de soja. [2] Études en double aveugle : pour éviter de biaiser les résultats de l’étude en influençant le jugement des participants a priori, ni les malades ni les prescripteurs ne savent respectivement s’ils reçoivent ou administrent un placebo, le traitement existant ou un traitement expérimental. [3] La revue Prescrire a publié un dossier consacré à ce thème. Ce travail étant le fruit d’un collectif, la revue se refuse à ne faire apparaître qu’une seule personne, d’où le choix de la couverture de la revue comme visuel. ![]() Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans le n°106 de Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... ![]() Actuellement, aucun traitement ne peut stopper la destruction des neurones à l’origine des troubles de mémoire et de comportement propres à la maladie d’Alzheimer. Pourtant, les spécialistes préconisent le diagnostic précoce de cette affection. Pourquoi ? Ils s’expliquent pour Recherche & Santé. Le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer a-t-il un sens quand on ne sait pas inverser le cours de la maladie ? > Bruno Dubois : C’est fondamental pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que les quatre médicaments actuellement sur le marché (les anticholinestérasiques) ont démontré une certaine efficacité même si elle est modérée. Ils augmentent l’éveil, l’attention, la participation des patients. Globalement, l’état de la majorité des patients ne s’améliore que peu, mais certains répondent particulièrement bien aux médicaments et obtiennent une nette régression des symptômes. Deuxièmement, on considère à tort qu’il est normal de perdre la mémoire avec l’âge. Les personnes malades sont donc souvent laissées à leur domicile et non prises en charge. On risque alors une aggravation brutale de leur état et la solution apportée en urgence est souvent inadaptée. L’établissement d’un diagnostic précoce permet d’anticiper les complications. Grâce à celui-ci et donc à la médicalisation de la maladie, le patient est inscrit dans une filière de prise en charge, afin de prévenir les complications qui émaillent immanquablement l’évolution de la maladie. > Françoise Forette : Grâce au diagnostic précoce, le patient est non seulement traité mais il est également inscrit dans un plan de soins. Avec sa famille, il peut alors bénéficier d’une aide médicosociale. Cela permet d’avoir un projet de vie, de prendre les décisions à temps. Notre enjeu, dans les années qui viennent, est de retarder l’entrée en institution. C’est ce que souhaitent les patients et leur famille, à condition de prévoir des structures de répit pour relayer les proches quand ils sont épuisés. C’est aussi une meilleure solution médico-économique car l’augmentation massive de demandes de place en maison de retraite médicalisée sera difficile à soutenir sur le plan économique.> Alain Grand : Le diagnostic précoce concerne un patient présentant des troubles, alors que le dépistage s’adresse à une population asymptomatique. Je rejoins les points de vue du Pr Dubois et du Pr Forette sur l’intérêt du diagnostic précoce au plan individuel. Sur le plan collectif, il serait important de mettre en place des études « coût-efficacité », afin de démontrer l’efficience d’une telle prise en charge. Comment se fait l’annonce du diagnostic et comment est-il reçu ? > Françoise Forette : L’annonce du diagnostic est extrêmement difficile. Elle ne doit pas se faire de manière brutale comme le font parfois nos collègues américains. En France, l’annonce est rarement faite lors de la première consultation sauf si le patient la demande. Il n’y a pas de protocole, c’est au cas par cas, car chaque malade est différent. Quand on entame le dialogue, il faut se mettre à l’écoute du patient et de sa famille. On discerne alors le moment où le patient est prêt à entendre le diagnostic. Il en ressort soulagé car il pressentait déjà son diagnostic et attribue alors ses troubles à une maladie. Le diagnostic est fait le plus souvent dans des consultations mémoire. Il en existe plus de 260 actuellement sur tout le territoire. Comme l’information au patient et à sa famille est l’une des priorités du plan Alzheimer du gouvernement, l’objectif est d’arriver à 600 consultations mémoire d’ici 2007. > Bruno Dubois : L’organisation d’une offre de soins a été mise en place. Sa cheville ouvrière, son pivot, est le médecin généraliste. Auparavant, la maladie était malconnue par le médecin car il s’agissait d’une affection nouvelle pour laquelle il n’avait pas été formé. Aujourd’hui, il sait faire la part des choses entre le patient à risque ou non. S’il soupçonne une maladie d’Alzheimer, soit il oriente son patient vers un spécialiste (neurologue, gériatre ou psychiatre), soit il l’adresse à une consultation mémoire. Les méthodes utilisées par ces centres experts pour établir le diagnostic de la maladie d’Alzheimer sont fiables à 90 %.> Alain Grand : Toute une population échappe aujourd’hui au diagnostic précoce. Une forme de sélection existe, elle est liée à l’appartenance sociale et à ses conséquences d’orientation vers les professionnels de santé. En effet, les consultations mémoire touchent davantage les catégories sociales « favorisées » plus attentives à la dégradation des capacités intellectuelles. La proximité géographique de ce type de consultation est également importante, de même que la sensibilité du médecin généraliste au problème (selon notamment qu’il est titulaire ou non de la capacité de gériatrie). Faut-il également mettre en place un dépistage systématique de cette maladie ? > Bruno Dubois : Non, le dépistage systématique serait une démarche qui s’effectue sur des personnes qui n’ont pas déclenché la maladie. Or, on ne sait pas identifier celles qui la développeront. Aujourd’hui, on ne cherche donc pas à dépister mais à diagnostiquer les malades au plus tôt. > Alain Grand : La maladie d’Alzheimer intervient au bout d’une trajectoire de dégradation des fonctions cognitives. Ça commence par des troubles de la mémoire, suivis par un stade appelé déficience cognitive légère (en anglais : mild cognitive impairment, MCI) qui correspond à une accentuation des troubles de la mémoire, évaluée selon des critères cliniques précis. Chaque année, 11 à 15 % des déficiences cognitives légères se convertissent en maladie d’Alzheimer. Le dépistage systématique, s’il devait être fait, s’adresserait à une population asymptomatique, que l’on engagerait alors dans un processus de médicalisation lourde. Il vaudrait mieux mettre en place un dispositif de dépistage de l’entrée en incapacité, grâce à une évaluation gérontologique standardisée, mise en oeuvre par le médecin généraliste, dans le cadre d’un suivi de sa clientèle âgée.> Françoise Forette : Dans le cadre du plan Solidarité vieillesse du gouvernement, il est envisagé d’organiser une consultation systématique à 70 ans. Un ensemble de facteurs de risque de toutes les maladies (maladies cardio-vasculaires, ostéoporose, etc.) serait recherché. Un bilan de la mémoire (bilan psychométrique) serait également proposé mais sans obligation. Si ce bilan révélait des symptômes inquiétants, une consultation mémoire serait alors proposée par le médecin. Mais tout ceci est encore à l’étude. Retrouvez cet article [et bien d'autres...]dans Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et abonnement POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... ![]() [Article publié dans Recherche & Santé n°104 - 4e trimestre 2005] Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur la qualité de l’air que nous respirons. Ces inquiétudes sont-elles fondées ? Quelle est la nature des polluants atmosphériques ? Et, surtout, quel est leur réel impact sur notre santé ? Réponses de spécialistes. Comment définir la pollution atmosphérique ? > Bernard Festy : Moi, je préfère parler DES pollutions atmosphériques. À l’extérieur, la mixture à laquelle nous sommes confrontés est extrêmement compliquée et nous ne connaissons pas le dixième de sa composition. On simplifie en disposant de moins d’une dizaine d’indicateurs de pollution (dioxyde de soufre, monoxyde de carbone, ozone, oxydes d’azote, particules…) que l’on sait mesurer. À l’intérieur, il existe une grande hétérogénéité entre habitations, locaux professionnels avec des polluants plus ou moins spécifiques en fonction de l’activité, et ceux qui reçoivent du public, comme les piscines ou les gares. > Dominique Belpomme : On différencie deux types de polluants : les microparticules carbonées des fumées d’usines et des gaz d’échappement des voitures, et les hydrocarbures aromatiques cycliques, produits de combustion du gaz, du charbon et du pétrole, qui s’agrègent au niveau des poussières. À domicile, les composés organiques volatils (COV) comme le benzène et le formaldéhyde, tous deux cancérigènes, s’ajoutent à l’air extérieur pollué. Le benzène peut s’accumuler dans les lieux d’habitation à proximité d’un garage ou d’une stationservice. Le formaldéhyde est dégagé par émanation à partir des tissus d’ameublement, meubles, teintures, colles… Dans cet état des lieux, il faut encore inclure la pollution issue des pesticides à usage domestique et des produits ménagers. > Michel Aubier : À l’intérieur, les premiers polluants sont les multiples composants de la fumée du tabac, principalement le benzène. Quels sont les risques pour la santé ? La réglementation en vigueur est-elle à la mesure de la situation ? [1] New England Journal of Medicine, 1993 (n° 329). Améliorer l’accès aux soins palliatifs, autoriser l’interruption volontaire de vie... Les solutions divergent pour répondre aux demandes d’euthanasie qui émeuvent l’opinion publique. Échange de points de vue sur un sujet très controversé.
L’image de la mort a-t-elle évolué au fil des siècles ? > Régis Aubry : Au cours de l’Histoire, on a observé une augmentation de la peur que suscitait la mort. Cela a commencé dès le XVIe siècle avec les grandes épidémies [de peste et de choléra notamment, NDLR] qui ont décimé la moitié de la population. Aujourd’hui, nos pays développés sont marqués par la fuite et la dénégation de la mort. C’est pourquoi les mouvements qui militent pour le développement des soins palliatifs en France rappellent que le fait que la vie ait une fin lui donne justement tout son sens. > Jean Léonetti : L’image de la mort et de la fin de vie a été profondément modifiée par la médicalisation de la mort. 70% des gens voudraient mourir chez eux, alors que dans leur immense majorité, ils décèdent à l’hôpital. Les gens ont surtout peur de mal mourir, en souffrant, après un acharnement thérapeutique ou une dégradation de leur personne. Nous vivons un paradoxe. La médecine nous a rassurés sur le fait qu’elle pouvait nous sauver. En même temps, elle nous inquiète, car nous craignons que l’acharnement thérapeutique ne nous vole cette mort. > Édith Deyris : Je pense qu’il y a eu une certaine évolution des mentalités concernant la mort et le passage qui la précède. Il est maintenant possible d’en discuter, même si des réticences subsistent. Les progrès de la médecine ont incité chacun de nous à se poser des questions sur la fin de la vie, et sa prolongation excessive par acharnement thérapeutique. Notre association continue d’oeuvrer pour une meilleure maîtrise de la fin de vie. Faut-il aller encore plus loin que votre récente proposition de loi et légiférer sur l’euthanasie ? > Jean Léonetti : Nous avons travaillé dix mois sur ce sujet avant de proposer cette loi adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Auparavant, nous nous sommes rendus aux Pays-Bas. Il existe là-bas une loi qui légalise l’euthanasie, mais elle ne donne pas pour autant satisfaction : 50 % des euthanasies sont clandestines, un chiffre en augmentation, alors que les euthanasies « officielles » sont en baisse. Nous, nous avons choisi une autre voie : celle du cheminement et de l’aide à la décision finale. La loi prévoit une prise de décision collégiale qui permettra de faire des choix sans les codifier de manière rigide. Nous avons souhaité accorder un espace plus large à la liberté du malade et donner des limites à ce que l’on appelle habituellement « l’acharnement thérapeutique ». > Régis Aubry : Je ne comprends pas l’urgence de certains à vouloir légiférer pour ou contre l’euthanasie. Pour moi, l’urgence est plutôt de se donner le temps de la réflexion sur le sens de la vie, de nous demander : « Que voulons-nous pour l’homme dans notre société ? » Nous approuvons la loi Léonetti qui précise très clairement que la liberté de l’individu est de pouvoir refuser qu’on le maintienne en vie. Le « propriétaire » du corps est également le gestionnaire de sa santé. > Édith Deyris : Cette loi n’est pas innovante. Elle ne fait que conforter les droits des malades, avec la possibilité de refuser tous les traitements, y compris l’alimentation artificielle, sans prise en compte des longueurs d’agonie qui peuvent s’en suivre. Elle ne prévoit rien pour les demandes réelles, lucides et persistantes. Elle ne traite pas la question essentielle : la liberté de choix. Avec la loi Léonetti, je crains que nos concitoyens soient faussement rassurés. En effet, aucune mesure n’est prise pour donner une réponse légale à ceux qui demandent qu’on les aide à quitter la vie lorsqu’ils sont arrivés au seuil de l’insupportable. Il faudrait une solution juridique pour les médecins qui pratiqueraient ce geste de façon ouverte et transparente. Un meilleur accompagnement de fin de vie pourrait-il éliminer ces demandes d’euthanasie ? > Édith Deyris : C’est tout à fait une utopie. Je ne nie pas l’importance des soins palliatifs. Ces équipes font un travail remarquable. Même si les soins palliatifs étaient développés au maximum, il y aurait sûrement moins de demandes d’euthanasie, mais un petit pourcentage subsisterait. Il faut aussi avoir le respect de la demande de cette minorité. > Régis Aubry : Le recours à l’euthanasie ne me semble pas justifié dans l’immense majorité des cas, mais la demande, elle, est justifiée. Une moitié de ces demandes est liée à la douleur qui fait perdre tout sens à l’existence. L’autre moitié s’explique par une souffrance morale qui peut venir d’une angoisse de la mort ou d’un sentiment d’indignité. Mais plus de 95 % des demandes d’euthanasie disparaissent avec une bonne prise en charge. > Jean Léonetti : Il faut encore travailler dans le domaine des demandes exceptionnelles, mais persistantes malgré les soins palliatifs. La sédation, c’està- dire endormir le malade qui parfois ne se réveille pas, est peut-être l’une des voies. Quand tout a été essayé, il peut arriver que la mort apparaisse comme la solution la moins mauvaise. Il faut toutefois savoir que l’on franchit un interdit. Dans la loi, volontairement, nous n’avons pas voulu inscrire cette exception, car elle n’est pas codifiable. Nous avons souhaité laisser cet espace à la conscience de chacun et à la confiance. Comment appréhender, en particulier, la perte de dignité ressentie en fin de vie ? > Jean Léonetti : Le vrai danger pour notre culture et notre civilisation serait de dire que seul est digne celui qui est utile, dans le sens de fort, jeune et rentable. Alors que l’utilité de l’homme est heureusement inhérente à sa condition humaine comme sa dignité. > Régis Aubry : Cette vision utilitariste de l’homme est extrêmement dangereuse. À partir du moment où vous avez du respect pour quelqu’un en ne le marginalisant pas, en ne l’oubliant pas, il perçoit sa place hors du registre de l’utilitarisme. > Édith Deyris : On doit pouvoir mourir dans la dignité, aussi bien de mort naturelle qu’en soins palliatifs, mais aussi en demandant la mort, si on sent, à un moment donné, qu’on n’en peut plus. Cela peut être aussi une conception de la dignité et nous n’avons pas à porter de jugement dessus. ![]() L’expérimentation animale est utilisée couramment par les chercheurs, pourtant les associations de défense des animaux demandent davantage d’encadrement des pratiques sur l’animal, voire s’opposent fermement à leur utilisation. Partisans et détracteurs ouvrent le débat. En quoi consiste l’expérimentation animale ? > Pierre Chambon : Cela dépend de ce que l’on en attend. À Strasbourg, nous utilisons la souris parce que c’est un mammifère dont la physiologie et les pathologies sont proches de celles de l’homme. Dans tous les cas, pour nos propres recherches comme pour celles de l’industrie pharmaceutique, l’expérimentation animale vise à anticiper ce que serait la réaction de l’homme à un traitement donné. Pourquoi suscite-t-elle des réactions aussi vives de la part de ses détracteurs ? > Janine Chanteur : Parce qu’ils sont persuadés que l’expérimentation animale inflige nécessairement des souffrances et même des tortures aux animaux d’expérience. Cette croyance est héritée du passé ou provient d’États sans législation adéquate sur l’expérimentation animale. À côté de cela, on oublie que les hommes eux-mêmes – personnes handicapées, enfants, esclaves – étaient ou sont traités de façon inhumaine. On invente l’idéologie de l’homme-bourreau contre l’animal, victime innocente. > Anne-Marie Hasson : Il faut dire que le débat sur les animaux est toujours très passionnel car les gens ont infiniment de tendresse envers leurs animaux de compagnie et transposent leurs sentiments aux animaux de laboratoire. Concernant l’expérimentation animale, tout a été déclenché il y a une quarantaine d’années par des images atroces diffusées par les ligues anti-vivisectionnistes. Toute leur information reposait sur des photos qui montraient par exemple un chat avec des électrodes plein la tête. Le public n’a reçu que cette information, alors qu’il s’agit d’une vision très réduite de la réalité. > Pierre Chambon : Les problèmes liés à l’expérimentation animale sont souvent traités de façon très subjective. Personne ne semble s’offusquer que les chats tuent des souris dans la nature ; rien n’est fait pour protéger ces souris-là. En revanche, toutes les mesures sont prises en faveur des souris de laboratoire, sacrifiées, elles, pour la recherche médicale. Il y a derrière cette attitude la croyance que la nature fait bien les choses, et que l’homme perturbe un ordre naturel mythique. L’homme tire-t-il un réel bénéfice de l’expérimentation animale ? Fait-elle vraiment avancer la recherche ? > Janine Chanteur : Je ne suis ni biologiste ni médecin, mais nous savons tous que sans l’expérimentation sur l’animal les opérations et les greffes essentielles à la survie humaine (coeur, poumons, foie, reins…) auraient été impossibles. Des médicaments sans lesquels nombre de malades seraient morts n’auraient jamais pu être mis au point ni commercialisés. > Anne-Marie Hasson : En toute sincérité, je ne crois pas que l’on puisse nier certains résultats. Mais a-t-on le droit de continuer ? Ne faut-il pas s’orienter vers d’autres voies : faire moins d’expérimentation animale et mieux les orchestrer, de façon à réduire le nombre d’animaux utilisés ? > Pierre Chambon : L’expérimentation animale reste souvent indispensable : les effets toxiques indésirables d’un médicament potentiel ne peuvent être déduits d’une simple expérimentation in vitro sur des cellules en culture, en raison de modifications chimiques qui peuvent survenir sélectivement in vivo dans un organisme complexe. Des essais sur plusieurs espèces animales s’imposeront toujours, afin d’épargner des vies humaines. À votre avis, les animaux sont-ils correctement traités ? > Janine Chanteur : Dans les instituts et les laboratoires de recherche agréés, ils le sont. Il y a des abus uniquement dans les pays où ces surveillances n’existent pas ou dans les laboratoires clandestins. Nous devons être très vigilants et veiller à l’application de la règle des 3 R : réduire le nombre d’animaux d’expérience ; remplacer l’expérimentation animale par d’autres méthodes dès que cela est possible ; supprimer (refine en anglais) la souffrance ou l’atténuer le plus possible. > Anne-Marie Hasson : Jusqu’à ces dernières années, nous ne pouvions pas franchir les murs des laboratoires, qui s’apparentaient à de véritables forteresses. Depuis, j’ai demandé à visiter des animaleries, à rencontrer des chercheurs. Je considère qu’il y a des améliorations à faire. Par exemple, j’ai vu une animalerie qui enfermait des singes dans des cages beaucoup trop petites, alors qu’il suffisait de jumeler celles-ci pour gagner en place. On observe bon nombre de petites choses qui ne se font pas, par inattention et par habitude. La réglementation existe, mais les protecteurs raisonnables des animaux demandent qu’il y ait partout des comités d’éthique dont ils feraient partie. > Pierre Chambon : Nous sommes soumis à des réglementations très strictes relatives à l’hébergement des animaux. Nous pratiquons régulièrement des anesthésies et tous nos protocoles expérimentaux sont examinés par des comités d’éthique. Pourrait-on substituer d’autres techniques de recherche à l’expérimentation animale ? > Anne-Marie Hasson : Au jour d’aujourd’hui, on ne peut pas supprimer l’expérimentation animale. Mais il faut arriver à en réduire le nombre le plus rapidement possible et trouver des méthodes de substitution. > Pierre Chambon : L’expérimentation animale devrait toujours être précédée de tests in vitro sur des cellules en culture. Mais comme je l’ai déjà mentionné, elle reste incontournable. L’alternative serait l’expérimentation directe sur des humains avec son cortège de risques ou l’arrêt de la recherche médicale et pharmaceutique. Absurde. > Janine Chanteur : Il y a en effet d’autres méthodes qui fonctionnent bien quand elles sont fiables. L’expérimentation in vitro est largement pratiquée, mais elle n’est pas toujours possible malheureusement. L’expérimentation animale nous rappelle que notre devoir est d’agir pour le bien de l’homme toujours, et celui de l’animal dès lors que le respect que nous devons porter à la vie ne met pas en cause une vie humaine. Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... Dépistage de cancers, campagnes de vaccination, lutte contre le tabagisme… La prévention peine aujourd’hui à être efficace sur tous les fronts. Alors à qui la faute ? Aux politiques ? Aux professionnels de santé ? À Monsieur Tout-le-monde ? Réponses de spécialistes. Faire de la prévention, ça signifie quoi ? > Guy Robert : Il serait faux de croire que la prévention en santé est une invention récente. Les rois de France prônaient déjà la prévention avec les mises en quarantaine contre la peste. > Claude Dreux : Il existe en fait trois types de prévention. La prévention primaire consiste à essayer d’empêcher l’apparition de maladies, par exemple, par la vaccination, la lutte contre le tabagisme, contre l’alcoolisme… La prévention secondaire, elle, vise à réduire ou stopper le développement d’une maladie. On peut citer, entre autres, le dépistage précoce des cancers. Enfin, la prévention tertiaire a pour but d’éviter les conséquences les plus graves liées à une maladie, comme traiter l’ostéoporose pour éviter les fractures. > Claude Le Pen : Mais il faut également distinguer la prévention médicalisée, c’est-à-dire celle qui passe par la délivrance de soins médicaux, la prévention liée à l’environnement et aux conditions de vie, qui est le fait de décisions collectives comme l’interdiction de l’amiante pour empêcher le développement de certains cancers, et enfin la prévention qui naît du comportement individuel comme l’arrêt du tabac. Existe-t-il un déficit de prévention en France ? > Guy Robert : La prévention a longtemps occupé une place importante. Puis, quand les traitements curatifs ont fait des progrès considérables, grâce à l’antibiothérapie entre autres, on a baissé la garde. On a pensé qu’on pouvait tout guérir jusqu’à l’arrivée de maladies comme le sida. On a alors compris qu’il fallait aussi prévenir. Aujourd’hui, la prévention est bien faite en matière de santé publique. Tout ce qui concerne la vaccination, la qualité de l’eau et de l’air ou encore le principe de précaution fonctionne bien. Mais ce n’est pas le cas pour la prévention des accidents et des maladies. > Claude Dreux : En Europe, c’est la France qui fait le moins pour la prévention. Citons le cas du cancer colorectal, qui est le troisième cancer le plus fréquent après les cancers du sein et de la prostate, et qui touche les hommes et les femmes. En France, le dépistage de ce cancer n’est pas encore généralisé et n’est pas très efficace. Autre exemple : le dépistage du cancer du sein. Il se fait dans plusieurs pays d’Europe depuis longtemps et vient seulement d’être généralisé en France grâce au Plan cancer. > Claude Le Pen : La France propose pas mal de préventions médicalisées. Mais on a mis du temps à prendre en compte les préventions environnementale et comportementale. Chacun de nous doit comprendre qu’il est responsable de sa propre santé. À qui la faute, alors ? À l’État ou aux individus ? > Claude Le Pen : Difficile de répondre. L’État n’est jamais que la représentation collective de l’individu. Prenons la loi Évin, l’État peut interdire la publicité sur le tabac, mais c’est à chacun de prendre sa décision. > Guy Robert : C’est vrai. Il faut aussi que les futurs malades apprennent à se prendre en charge. Il faut rendre les gens « préventoconscients », leur dire qu’il faut se brosser les dents, éviter de fumer, se laver les mains… c’est important l’hygiénisme ! De plus, en France, il n’y a pas de véritable politique de prévention par les pouvoirs publics. Chacun travaille dans son coin. Il y a trop de cloisonnements entre, d’une part, les activités individuelles menées par plus de 1 000 associations et, d’autre part, le travail des médecins et des professionnels de santé. Il faut également assurer une bonne liaison entre la médecine scolaire, la médecine du travail, la médecine de ville et les hôpitaux. > Claude Dreux : C’est essentiellement un problème économique. Sur les 150 milliards d’euros consacrés à la santé, 3 milliards d’euros vont à la prévention, soit 2 %. Il faudrait arriver à 10 %. Mais les politiques ne sont pas très intéressés par la prévention car les résultats s’évaluent à moyen et long terme. Quelles mesures permettraient de donner un nouveau souffle à la prévention ? > Claude Dreux : Il faut éduquer les gens. La prévention individuelle passe par l’éducation en santé, comme on le fait actuellement dans les campagnes en faveur d’une bonne alimentation et de l’activité physique, pour lutter contre le diabète ou l’obésité. Par ailleurs, il faut développer les recherches en santé publique et en épidémiologie et trouver de nouveaux tests de dépistages, par exemple en génétique pour dépister des cancers. Actuellement, nous manquons de moyens. Mais attention, il ne faut pas faire de la prévention pour la prévention. Pour des questions d’éthique, la prévention ne vaut que si l’on peut proposer un traitement efficace. > Guy Robert : Nous pensons que la prévention devrait davantage être régionalisée. Il faut la ramener au niveau du terrain. Certains problèmes sont généraux comme la vaccination globale, la politique de santé, la qualité de l’air et de l’eau. Mais d’autres sont locaux. Peut-on trouver des solutions dans des expériences menées ailleurs, chez nos voisins européens ? > Guy Robert : En Finlande et en Grande-Bretagne, un bilan sanitaire global de la population est effectué tous les trois ans afin de déterminer les points autour desquels doivent porter les actions. Ce n’est pas le cas en France. > Claude Le Pen : Importer des politiques de prévention venues d’ailleurs ne marche pas forcément. La prévention est souvent liée au mode de vie. En Europe du Nord, dans des pays de culture protestante, on a davantage d’appétence pour la prévention que dans les pays de tradition catholique, notamment pour la prévention comportementale. En France, on a tendance à vivre ce sujet sur un mode libertaire. Nous entendons être libres de nos choix, même si nous nous tournons vers l’État dès que nous sommes malades. Retrouvez cet article [et bien d'autres...]dans Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... Fait-il encore bon être chercheur en France aujourd’hui ? Statut, rémunération, évaluation et évolution de carrière, que faut-il changer pour améliorer les perspectives d’avenir de nos chercheurs ?Quelle est la situation des chercheurs du secteur public en France ? > Jean-François Bach : Le grand problème, en France, est le manque de moyens. Ce problème se retrouve, en particulier, dans le salaire des chercheurs : des personnes qui ont un niveau bac + 12 sont payées à peine plus que le Smic… Certes on nous dit : « Vous avez la sécurité de l’emploi, vous êtes “ chercheur à vie ”. » C’est justement ce qui peut entraîner une forme de découragement : la perspective de « vivoter » toute sa vie, sans moyens ni reconnaissance professionnelle. > Naomi Taylor : La situation est particulièrement grave pour les jeunes chercheurs. En immunologie, par exemple, et avant les pressions du mouvement « Sauvons la recherche » (SLR), il n’y avait, en 2004 pour toute la France, aucun poste ouvert pour les CR2 (chargés de recherche de niveau 2, le premier échelon dans la recherche publique) et seulement deux postes de CR1 (l’échelon juste au-dessus). Le problème est d’autant plus aigu qu’il y a, en France, des limites d’âge : on ne peut être recruté à l’échelon CR2 qu’avant 30 ans, par exemple. Mettez-vous à la place d’un jeune chercheur qui, après douze années d’études très dures, se trouve en concurrence avec une centaine de candidats pour un poste sous-payé ; s’il ne l’obtient pas rapidement, sa carrière en France est compromise ! > Alain Trautmann : C’est en effet un problème très préoccupant pour l’avenir de la recherche française. Une remise à niveau du nombre de postes offerts aux jeunes chercheurs et une revalorisation des salaires les plus bas sont les conditions indispensables pour rendre une certaine attractivité à la recherche. Promotions au mérite, évaluation, gestion de carrière… Où faut-il placer le curseur ? > Alain Trautmann : Le modèle français laisse une grande autonomie aux chercheurs : c’est le garant d’une pensée originale et de découvertes qui seraient impossibles dans une optique strictement productiviste. Il faut évaluer les chercheurs, bien sûr, et du reste, ils sont évalués sur la même base que leurs homologues anglo-saxons, mais il faut aussi laisser respirer la recherche : développer les contrats non-thématisés, favoriser une approche qui fait remonter les initiatives du bas vers le haut... Je suis par ailleurs favorable aux promotions au mérite, à condition de ne pas tout mélanger. À l’Inserm, par exemple, ont été mis en place des « contrats d’interface », qui accordent un bonus financier aux chercheurs acceptant de collaborer avec les milieux de la santé pour faciliter le transfert de connaissances. C’est sans aucun doute une bonne chose, mais on instaure également par ce biais un système de « chasse à la prime » qui est discutable. > Jean-François Bach : Le problème n’est pas tant l’évaluation des chercheurs que les conséquences de cette évaluation : trop souvent, elle n’est pas suivie d’effets, ni dans le bon sens ni dans le mauvais. > Naomi Taylor : Aux États-Unis, dans le secteur public, les universités comme les directeurs de recherche sont jugés, pour une bonne part, sur les contrats qu’ils décrochent auprès de l’État. C’est même une question de survie : la majeure partie de leur salaire dépend de l’obtention de ces contrats de recherche. Ce système garantit des résultats, mais présente des inconvénients. Les chercheurs consacrent un tiers de leur temps à des tâches administratives ou au montage de dossiers. En France, on peut passer plus de temps avec les étudiants, entre chercheurs, choisir et développer ses collaborations plutôt que ses contrats. La carrière des chercheurs français, dans le public, semble sclérosée par un grand nombre de contraintes. Que pourrait-on faire pour améliorer les choses ? > Naomi Taylor : On pourrait déjà supprimer cette bizarrerie française qu’est la limite d’âge. Elle conduit à refuser des bourses à des thésards de 27-28 ans, parce qu’on estime qu’ils ne pourront pas devenir CR2 avant l’âge de 30 ans. On élimine ainsi plein de jeunes chercheurs, avec des parcours un tantinet atypiques, potentiellement très intéressants. Et à 40 ans, en France, si vous n’avez pas de poste fixe, vous êtes considéré comme « fini ». Aux États-Unis, c’est le contraire : un chercheur ne peut prétendre à un poste fixe à l’université avant l’âge de 38-40 ans. Et, en cas d’échec, il dispose de multiples alternatives. > Alain Trautmann : En France, au contraire des États-Unis, les enseignantschercheurs ont trop d’heures de cours pour pouvoir se consacrer à une recherche soutenue. Il faudrait dégager des moyens pour alléger cette charge d’enseignement. On pourrait ainsi favoriser la mobilité entre les deux corps (chercheurs et enseignants-chercheurs), ainsi que l’évolution des postes et des carrières... > Jean-François Bach : Il faudrait aussi opérer un décloisonnement entre public et privé, en créant notamment des contrats qui permettraient à un chercheur « public » de passer deux ou trois ans dans le privé, puis de retrouver son poste initial, et inversement à un chercheur du privé de « séjourner » dans un organisme public. Justement, quel serait, selon vous, un bon modèle d’équilibre entre recherche publique et recherche privée ? > Jean-François Bach : Les deux mondes sont complémentaires. La logique du secteur privé, ses contraintes de profit le restreignent à la recherche appliquée. Aussi la recherche fondamentale ne peut-elle être portée que par le secteur public. Il reste à faciliter le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée. > Alain Trautmann : Aujourd’hui, recherche publique et privée s’ignorent très largement. Tout ce qui favorisera les échanges sera très positif. Voici quelques pistes : une augmentation du nombre de bourses Cifre (financement d’un jeune chercheur par une entreprise) ; la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives ; l’aménagement de filières de recrutement dans les entreprises et la fonction publique... En guise de conclusion, je dirais que les problèmes de la recherche sont moins liés au statut du chercheur qu’aux moyens dégagés et à la cohérence politique sur le long terme. Retrouvez cet article [et bien d'autres...] dans Recherche & Santé, la revue de la Fondation pour la Recherche Médicale. > Renseignements et contribution de soutien POUR POSTER UN COMMENTAIRE, cliquez sur "Comments" [ci-dessous] et suivez les instructions... |
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